En passant

Das Deutsch Spa

En 2011, quand j’étais encore cadre sup’ et que j’avais encore les moyens, je décide de passer un week-end à Hambourg pour rendre visite à une amie d’enfance expatriée. Au-delà du fait que j’ai passé d’excellents moments à découvrir cette ville étonnante et débordante d’énergie, j’ai également vécu une expérience interculturelle quelque peu… marquante !

Étant toutes les deux des very busy working girls, nous décidons de nous offrir une expérience des plus agréables : une demie-journée au spa. Hop hop hop ! Quelques clics sur les Internets et nous choisissons un spa luxueux à quelques coins de rue et nous réservons die massage zen-thaï-ayurvédico-hawaïen qui fait trop du bien au corps, à l’esprit, à la cervelle, aux doigts de pied, au nombril et à tout le dedans de soi-même.

Ni une ni deux, trop motivée et trop contente, je prépare mon sac : serviettes de bain, tongs, maillot de bain, déo, crème, shampoing, parfum, maquillage, peigne… apriori tout y est. Rien qu’à l’idée de renouer avec ces petits plaisirs je me sens déjà plus légère ! Je sifflote, souriante, et je me dis intérieurement : décidément, qu’est-ce que je suis chanceuse.

C’était sans compter sur le double effet Kiss Cool en mode coucou tout le monde, méga-surprise, quand une fois arrivée dans les vestiaires, je commence à observer avec circonspection que mes consœurs à chromosomes XX entrent, sortent, reviennent puis ressortent des vestiaires… en tenue d’Ève ! Mon cerveau commence alors à fumer sévère à base de théories loufoques. Y aurait-il un sas à l’extérieur des vestiaires où sont distribués des maillots de bain écolos en papier mâché recyclé pour sauver la planète ? Ou encore : doit-on passer à la douche désinfectante anti-nucléaire avant d’enfiler son maillot de bain ?

Face à mon regard de hareng mort, mon amie me lance un regard étonné et compatissant accompagné d’un sourire narquois : woouups : c’est ta première fois ? Là mon cerveau démarre à la vitesse de Lewis Hamilton sur un circuit de F1 m’imaginant déjà dans une chambre obscure attachée au plafond en train de me faire fouetter par un inconnu (oui je sais, j’ai une imagination légèrement extrémiste et débordante). Je déblatère, non sans difficulté, un vague : ma… première… fois… hein… euh… wait… what… ? Et là le verdict tombe sans appel : ici tout le monde est nu au spa.

Léger moment de panique…

Sehr schöööööööön… Je viens donc de payer 200 € pour passer mon précieux (et rare) jour de repos au club des naturistes germanophones enthousiastes. J’ai cru que je vivais mon pire cauchemar. Rapide comme un lynx, je me ressaisis : ok cocotte tu as le choix, opter pour la lâcheté et fuir en courant jusqu’au Danemark toute habillée, ou bien oser cette expérience nouvelle que la vie te propose si « généreusement » mais nue comme un ver*Petite musique d’ascenseur* Vous me connaissez suffisamment pour imaginer que je ne pouvais pas résister à l’appel de l’expérience, de la nouveauté, de l’aventure, le tout sur un lieu anthropologique où j’allais pouvoir observer des autochtones dans leur habitat au naturel. Littéralement.

Fallait juste se mettre à poil. Une paille. Non mais sans blague, c’est quand même insolite comme situation quand on n’est pas habituée et qu’on ne l’a pas cherchée ! Et là, je me suis demandée ce qui allait être le plus gênant : savoir que des inconnus allaient me voir aller de bassins en bassins sans-aucun-bout-de-tissu-sur-mon-corps (je ne sais pas pour vous, mais moi d’habitude, je réserve cet état d’être essentiel à mon partenaire ou à mon miroir), ou bien la peur de ne pas résister à scruter les autres (hommes et femmes confondus) à cause de ce satané mélange de curiosité et de voyeurisme qui se cache (parfois bien tapis, certes) en chacun de nous.

Je te vois hocher de la tête et faire la moue : tout le monde, sauf moi. Mais si, si, je t’assure. Tu sais, c’est cela même qui te fait ralentir en voiture quand tu passes à côté d’un accident de la route, alors que tu sais pertinemment qu’apercevoir un bras coupé ou une chaussure ensanglantée va te traumatiser à vie. J’en étais au même point : j’avais instinctivement envie d’aller voir, quitte à être traumatisée à vie par la vue trop nombreuse de tant de corps, de peaux acnéiques, de seins plus gros que les miens, de sexes poilus et autres fesses molles. En fait, j’avais surtout peur de rougir et donc d’être prise en flagrant délit de lubricité. Oops.

Prenant mon courage à 12 mains, j’abandonne mon maillot de bain au vestiaire – la larme à l’œil – et j’enfile mes tongs, dernier vestige d’un accessoire couvrant… ma voute plantaire, en l’occurrence. Wunderbar… Je sors les yeux baissés et en suivant les tongs de mon amie jusqu’à la salle de massage. Ouf, me voilà enfin enfermée et seule. Cette pause salvatrice et bénéfique me permet de rassembler tout mon courage et de tenter vainement de relativiser : après tout, tout le monde est nu, donc tout va bien, tout va bien, tout va bien… Méthode Coué quand tu nous tiens…

Une fois le massage terminé, l’heure fatidique était venue de traverser le spa dans toute sa longueur pour accéder aux bassins et aux saunas. Le couloir de 80 mètres de long en verre transparent passant au-dessus de la piscine ainsi que l’escalier central de 80 marches n’ont évidemment pas aidé à ma détente. Mais bon, j’ai fini par atterrir (traduire : marcher très vite et m’enfouir rapidement) dans un bain bouillonnant, mes tongs et ma serviette posées au loin… si loin… *soupir*

Parfaitement à l’aise une fois les parties intimes de mon corps bien au chaud mais surtout bien cachées par les bulles, mon observation commence. Je suis frappée par la non-gêne ambiante, dans le bon comme dans le mauvais sens. D’un coté, c’est super agréable de voir le corps démystifié et désacralisé. Je me dis que culturellement, on a toutes et tous un rapport au corps différent, et qu’en fonction de ce rapport, on doit vivre plus ou moins facilement certaines expériences de vie. D’un autre côté (et j’assiste aux même scènes dans les vestiaires du YMCA d’ailleurs…), c’est moyennement agréable de voir étalé devant soi l’entièreté majestueuse d’inconnus personnages. Si j’avais voulu tout savoir sur l’anatomie humaine, j’aurais fait médecine. J’ai encore (malheureusement) en tête l’image de ce monsieur assis sur le rebord du bain bouillonnant, très à l’aise les jambes écartées face à mes yeux écarquillés, cherchant désespérément une issue de secours ou un flingue.

Dans cet étalage naturel d’attributs corporels, j’aperçois en vrac : des tatouages petits et grands (mince, moi qui ai fait le mien de manière à ce qu’il ne se voit pas, même en maillot de bain… c’est loupé !), des piercings plus ou moins surprenants, des peaux vieilles ou jeunes, des muscles saillants ou invisibles, des grands et des petits, des minces et des gros, des cheveux blonds, bruns, roux, blancs. Au moins, c’est un beau rappel à la diversité humaine et à l’acceptation des différences. À ce point-là, je réalise qu’ici le rapport au corps a l’air inexistant ou non problématique, donc forcément : ça fait du bien. Mais là, les gens ne se regardent pas, ils ne font d’ailleurs même pas attention les uns aux autres. C’est presque froid en fait. Et soudain je réalise que je dois être la seule latine folle obsédée à avoir des pensée orientées et déformées et qui se demande intérieurement si cela modifie les rencontres dans les bars, la séduction, le rapport à l’autre, le rapport au sexe, le contenu des préliminaires, l’effeuillage… Oops, I did it again ! comme dirait ma pote It’s Britney Bitch.

Quoi qu’il en soit, bon an, mal an, j’ai survécu à cette journée, et j’ai moi aussi déambulé dans mon plus simple appareil, allant de la piscine aux chaises longues extérieures, en passant par les saunas. Et c’est vrai que la liberté ressentie à errer nue a été sans commune mesure, d’autant plus qu’il s’agit d’un espace privilégié et sécurisé pour pouvoir se sentir à l’aise et comme tout le monde. Mais j’ai quand même réalisé à ce moment-là à quel point je préfère l’érotisme d’un corps qui se montre à peine et se dévoile petit à petit, Vs. une version plus crue en mode : « coucou, t’as vu ma bit(t)e (schön) » ! Et oui : on ne se refait pas… Quoique… Tout cela me fait penser que j’ai une autre expérience toute aussi inédite et incongrue à vous raconter : la découverte du magique 281 à Montréal, ze cabaret érotique au masculin, pour les femmes, les vraies. Mais pour le moment, je garde ça au chaud pour plus tard…

Pour en revenir à l’Allemagne, autant vous dire que la soirée qui a suivi sur la Reeperbahn a été bien arrosée (bah quoi, il faut bien justifier de son alcoolisme) et que mon frühstück gargantuesque du lendemain matin était bien mérité. Trèfle de balivernes : au-delà de la méga surprise, c’était une aventure sommes toutes rafraichissante, définitivement revigorante, voire même à refaire, mais en suivant ce précieux conseil d’Orangina : « bon c’est bien les enfants, mais on la refait là, moins crispés » !

Et vous : déjà vécu une expérience de ce genre, à la fois surprenante et drôle ?!

2014 © elikxir. Tous droits réservés pour tous pays.

En passant

Point Bullshit

http://www.boardgameguru.co.uk/the-fall-of-france-11504-p.asp

Jeux de société « The Fall of France »

Depuis ce matin je bouillonne. L’objet de ma colère ? Un article intitulé « The Fall of France » écrit par Janine di Giovanni paru dans Newsweek le 3 janvier 2014 qui prétend offrir un portrait de la France dans son déclin actuel.

PORTRAIT. Actuellement rédactrice en chef « Moyen-Orient » pour Newsweek, Mme di Giovanni est une journaliste de guerre née aux États-Unis. D’après Wikipedia (consulté le 05/01/2014 à 16h30), c’est « l’une des journalistes les plus respectées et les plus expérimentées d’Europe, avec une vaste expérience de couverture de la guerre et du conflit. Son journalisme a été qualifié de « brillant, posé, accompli » et elle est citée comme le meilleur correspondant étranger de notre génération ». Elle a quitté le quartier de Notting Hill à Londres il y a 10 ans pour s’installer à côté du jardin du Luxembourg à Paris après s’être mariée avec un français.

AFFLIGEANT. Dans sa forme, dans son manque d’explications des faits, dans les raccourcis utilisés et surtout dans le point de vue offert : monoculaire et loin d’un journalisme informé et factuel. Je ne remets pas en question la qualité et le professionnalisme de Mme di Giovanni en tant que journaliste de guerre, cependant, je ne suis pas certaine que son analyse soit des plus raffinées concernant le déclin actuel de la France. Je ne peux m’empêcher de penser qu’elle devrait rester dans son domaine de compétences ou faire un vrai travail de journalisme avant d’écrire sur autre chose que la guerre ou les conflits. Par contre, son intervention pourrait être pertinente si un jour on voit Paris sous les bombes, mais on serait tout de même encore loin à mon avis de l’exil des Huguenots suite à la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 (enfin je crois, après tout je ne suis pas historienne).

PARENTHÈSE. Je suis consciente que cela ouvre un débat complexe sur la légitimité de la prise de parole en public, débat tendancieux, voire même dangereux. N’ayant aucune autorité en la matière, je parle en tant que citoyenne française froissée par cette pseudo analyse socio-économico-culturelle de mon pays. Certes, en tant qu’expatriée en France, Mme di Giovanni pourrait offrir un point de vue objectif, voire même novateur. Mais non. Impossible quand on n’observe une réalité qu’au travers de sa lorgnette, depuis le balcon de son appartement du 6ème arrondissement et ce après quelques discussions sociales avec des amis n’appartenant qu’à une seule et unique couche socio-économique. En l’occurrence ici cette couche est dite « élevée » mais pour moi cela poserait le même problème d’unicité des points de vue s’il en avait été autrement.

MÉDIOCRE. Médiocre car écrit par une correspondante de guerre, apriori excellente journaliste, et qui pourtant, nous offre une vision de la France mal informée, mal documentée et mal recherchée. Par exemple, Mme di Giovanni, j’aurais a-do-ré que vous expliquiez en quoi et comment les mondes politiques français et américain ne peuvent pas être comparés à coup de gauche = democrat = liberal Vs. droite = republican = conservative. You, of all people ! How could you make such a shortcut, denying national and international political sciences their own history ! Sur le même principe, ne savez-vous donc pas que le terme « socialism » tel qu’utilisé par la majorité des américains en anglais n’est pas non plus comparable au mot « socialisme » tel qu’utilisé en français par les français ? Et oui, c’est tout le problème de l’interculturalité… Quelle chose complexe ! Il y a la nationalité, la langue, la culture, l’histoire, la compréhension interculturelle, la culture professionnelle, économique, sociale, les identités culturelles, etc. Certes, le cerveau humain, pour traiter les milliers d’informations perçues dans l’environnement, a besoin de créer des catégories pour les ranger et les réutiliser, c’est même au travers de ce processus qui se créent les stéréotypes (je me permets d’utiliser des raccourcis moi aussi). Mais ces stéréotypes ne deviennent dangereux ou mal intentionnés qu’à partir du moment où ils sont véhiculés et vécus comme des préjugés, or, cet article véhicule des idées et des faits sans explication, sans complexité, sans profondeur ; « faits » qui vont être lus, ingurgités et pris comme réels par les lecteurs à qui l’on n’a pas offert un portrait plus réaliste, plus complexe, plus détaillé de la réalité française actuelle. Mais bon, entre nous, ces détails comptent peu, n’est-ce pas ? Restons globaux, c’est plus facile, plus lisible. D’ailleurs, « La chute de la France » est un beau titre, accrocheur, vendeur, racoleur, la totale : bravo.

MENSONGER. Si seulement l’auteure avait écrit cet article comme un article d’opinion, alors oui : donnez votre point de vue, il est vôtre, c’est comme les sentiments, les goûts et les couleurs, ça se discute difficilement, ou juste pour le plaisir de la joute oratoire. Mais, là, il s’agit d’un texte érigé en article informatif de la situation actuelle de la France. Se permettre d’écrire sur un média public aussi lu en s’érigeant « autorité expatriée locale »… Je trouve cela du plus mauvais goût. J’apprends donc, entre autres, que 1/2 litre de lait vaut 4$ US à Paris : soit le taux de change est erroné, soit nous ne vivons pas dans le même monde (OH WAIT !); que la majorité des français payent plus de 70% d’impôts (LOL !) ; que les meilleurs talents sont partis de France et qu’il ne reste que la médiocrité (MERCI !) ; ou encore même que les français n’aiment pas parler anglais (I’m amazed I was even able to understand your article, madam)… Encore une fois, quel dommage d’avoir été aussi rapide en conclusions et aussi avare en explications, parce que ce que vous dites est en partie réel et juste, mais présenté d’une manière si fallacieuse et si mensongère qu’elle est, pour moi, inacceptable de la part d’une personnalité publique comme vous, à l’intelligence, la finesse, l’analyse et l’écriture si développées. Donc par exemple, moi (en tant que française vivant en France), je sais que vous faites référence à l’imposition à 75% des revenus supérieurs à un million d’euros. Mais pour mon ami Jorge qui habite au Mexique ou mon ancien collègue John qui habite en Australie, qu’en est-il ? Et bien, je vous félicite : ils viennent de retenir que la France taxe ses habitants entre 70 et 75% ! (BISOUS !). Donc, entre les minables qui gagnent moins de 5000€ et les médiocres qui sont encore en France (question philosophique bonus : sont-ils restés par stupidité, par pauvreté, par manque de talent ?), en effet ces français : quelle bande de pauvres cons ! Heureusement : il nous reste le métro pour vivre des moments de grâce et des SDF avec qui taper la causette en polonais…

DANGEREUX. Dangereux, car cela ne peut que renforcer un peu plus la blaguounette facile et très stéréotypée des français visant à montrer la débilité latente des américains, que je ne cautionne pas : des cons, des débiles, des chiants, des grands, des gros, des méchants, des gentils, des bienpensants, il y en a dans tous les pays. Malvenu également : qu’en est-il de la responsabilité publique de celui qui écrit sur un média d’envergure internationale accessible au plus grand nombre, car passé au tout numérique depuis décembre 2012 ? Quel dommage de diffuser une telle image de la France, erronée et n’offrant qu’un seul point de vue biaisé par sa propre souffrance, réelle, certes. Dès lors, que penser de la qualité et de la véracité des autres articles publiés par Newsweek sur d’autres pays… ? Je vous laisse y réfléchir.

TRISTE. Oui, je suis attristée par cet article pour une raison complexe et insoupçonnée. On peut se plaindre du French Bashing (dénigrement de la France) autant qu’on veut, nous en sommes la principale source ! Cet article montre que nous-mêmes, français, ne sommes pas capables de faire autre chose que de nous plaindre de ce qui est, sans pour autant essayer d’y changer quoi que se soit. Et cela vaut aussi bien pour les soirées de l’ambassadeur qu’au bistrot du coin ou encore à la réunion de professeurs des écoles du mardi soir. Pour rester dans les stéréotypes grossiers et malvenus : que cela soit Charles-André ou Xavière (avec du champagne), Roger ou Monique (avec de la bière) ou encore Jean-Paul ou Nathalie (avec du vin rouge) , le discours est le même dans le fond : la situation est catastrophique, on court à notre perte, on nous abuse, on nous vole, on nous prend tout… Et chacun mettra le mot qu’il préfère derrière ce « on » : les riches, les dirigeants politiques, les étrangers, les pauvres, etc. Tout le monde y prend pour son grade, et son voisin est toujours mieux loti que soi, évidemment. Ce manque de discernement généralisé et cette vision étroite et nombriliste, c’est peut-être cela que cet article incarne le mieux finalement. Quelle tristesse.

ET MOI, ET MOI, ET MOI ! Je me permets donc, en bonus, d’offrir MON point de vue sur la France, à partir de MA lorgnette d’ex-expatriée française revenue au pays pour tenter d’entreprendre et de créer en dépit des difficultés, réelles et profondes que connait la France.

OUI, la France est un pays en déclin économique, politique, social et culturel… Il serait temps d’accepter cette réalité, au lieu de continuer à surfer les yeux fermés sur la vague obsolète de notre grandeur et de notre rayonnement. Il est toujours plus facile de dépasser les obstacles quand on accepte d’abord leur existence.

OUI, la France est dans une phase de morosité et de doute concernant l’avenir… C’est ce qui provoque, entre autres, de nombreux élans individuels de retour vers ce qui est connu, confortable, reconnaissable (une famille, un métier, une religion, une cause) ; la prise de risque est dévalorisée et conspuée, le changement n’en parlons pas !

OUI, la France n’a pas encore trouvé une culture économique qui lui soit propre et qui lui offre modèle propice au développement exponentiel de ses potentiels et à l’utilisation bénéfique de ses ressources naturelles et humaines… Consultons et apprenons ! Créons et innovons ! Débattons ensemble ! Observons d’autres modèles (au-delà du modèle allemand bitte schön) !

OUI, la France connait une fuite de ses citoyens, et ce toutes classes et tous « cerveaux » confondus… La richesse de la France tient dans sa diversité, dans son hétérogénéité, dans la multitude de ses origines, idées, pensées, etc. Nous pouvons donc encore faire beaucoup de belles choses avec « ceux qui restent » et « ceux qui veulent venir participer ».

OUI, la France est un pays innovant, à l’esprit entrepreneurial fort et aux talents aussi développés que dans les autres pays… Nous n’avons pas encore appris à valoriser et encourager ces initiatives de manière efficiente, constructive et durable.

OUI, la France n’a pas une politique intérieure fonctionnelle d’aide et de soutien économique et culturelle aux entrepreneurs, penseurs, chercheurs, inventeurs, génies, savants fous, jeunes dynamiques, doux rêveurs, originaux, créateurs… Peu importe les explications historiques, sociologiques ou culturelles, il serait peut-être temps de se confronter à cette problématique.

OUI, la France est en quête d’une nouvelle identité et d’une vision commune… On ne peut pas être tous d’accords sur tout, mais peut-être pourrions-nous commencer par poser quelques bases communes et solides autour des atouts incontournables de notre pays : ses ressources naturelles et humaines, sa géographie et son histoire culturellement riches, sa capacité d’innovation, son esprit révolutionnaire, et surtout : sa culture de solidarité. Si, si, j’insiste.

OUI, la France ne valorise pas l’entrepreneur (ni l’intrapreneur d’ailleurs)… elle ne le définit même pas correctement ! Il y a les charges sociales, les impôts, la protection sociale faible, mais pas que, il y a aussi l’isolement social et économique (accès à la location ou prêt bancaire), la non reconnaissance, la non compréhension d’un métier à part entière avec ses propres particularités et besoins, etc.

OUI, la France n’apprend pas aux français à faire la différence entre être un dirigeant et être un entrepreneur… Or, on peut être l’un sans être l’autre. La vision du dirigeant dans l’inconscient collectif est souvent celle du vilain-méchant qui profite de tout et de tous, forcément riche, assoiffé de pouvoir et marchant sur les autres pour réussir. Il serait peut-être temps d’ouvrir le champ des possibles à la multitude de style de direction et de style d’entrepreneurs.

OUI, la France est perdue et désorientée… Perdue dans les faux débats où nos hommes politiques ayant environ 8 ans d’âge mental ne pensent qu’à asseoir leur pouvoir sur les autres, plutôt que de garder l’esprit ouvert et de penser au mieux-être individuel et collectif. Si nos dirigeants politiques ne montrent pas l’exemple, il parait difficile de se vivre comme une nation fière d’elle-même et d’aller de l’avant.

OUI, la France est un pays de râleurs et de critiques incessantes… Et alors ? Optimisons nos atouts et faisons-en une force plutôt qu’un défaut dont nous sommes la risée à l’international. Utilisons ces qualités pour aller de l’avant, imaginer d’autres possibilités, remettre en question, créer de la nouveauté, inventer notre futur, ici et maintenant.

OUI, la France peut (re)devenir un pays où ses habitants se sentent libres (de rêver, d’oser, de penser, de créer), égaux (devant leurs chances, devant leur éducation, devant le champ des possibles) et fraternels (solidaires, ouverts à la différence, tolérants).

À PROPOS DE L’AUTEUR. Je m’appelle Chloé, j’ai 32 ans. Je suis franco-argentine, née à Paris, entre mes 20 ans et mes 30 ans j’ai été expatriée à Montréal (5 ans) et à Dubaï (2 ans). J’ai une formation académique qui a couvert l’anthropologie, la psychologie, la sociologie, la recherche qualitative (études de terrain et ethnographie), le management interculturel, l’information et la communication organisationnelle. J’ai travaillé dans la restauration, l’évènementiel sportif, la recherche académique, le marketing, la communication et la stratégie de développement d’affaires à l’international. Après beaucoup d’hésitations, j’ai décidé de rentrer en France pour créer mon activité professionnelle, aujourd’hui je suis coach d’entrepreneur à mon compte. Oui, le retour a été violent (et il l’est parfois encore) mais je m’accroche, la multitude des modèles que j’ai pu observer de par le monde m’offre de l’espoir pour la France et surtout encore l’envie de participer à la définition de notre modèle unique. J’ai la vision d’un monde où chacun peut s’autoriser à rêver et à oser trouver les ressources nécessaires dans son réseau naturel et social (en ligne et hors ligne). De mon point de vue, La Nature est Généreuse. J’ai également la conviction intime que l’on peut tous participer au changement, pas à pas et à son niveau, action après action. Et ceci est, de mon point de vue, une action, sous forme de coup de gueule et de wake up call. Et si mon idéalisme utopique vous fait doucement sourire, demandez-vous d’abord ce qui vous touche et ce qui parle en vous à ce moment-là et ce que cela signifie pour vous. (BISOUS !).

Citation

Chauds-Doudous & Froids-Piquants

Dans un pays lointain, les gens vivaient heureux. Ils portaient, accroché à leur ceinture, un sac de petites boules duveteuses appelées chaudoudoux, parce qu’elles faisaient chaud et doux.

Chaque fois qu’une personne avait envie d’un chaudoudoux, elle le demandait. Et l’autre plongeait la main dans son sac et le lui offrait. Les chaudoudoux sont inépuisables parce qu’elles sont les marques d’attention que nous échangeons et qui nous remplissent de bien-être.

Tout cela ne faisait pas l’affaire de la vilaine sorcière qui ne vendait ni ses philtres ni ses pilules ! Elle décida de créer la pénurie en soufflant à l’oreille d’un villageois l’idée que les chaudoudoux pouvaient venir à manquer. « Si ta femme donne ses chaudoudoux à n’importe qui, il n’y en aura plus pour toi. » Jalousie, doute, suspicion apparaissent.

Le mari commençait à surveiller sa femme, qui contrôlait à son tour ses enfants… Très vite, tout le village s’est trouvé atteint. Les gens hésitèrent à s’échanger des chaudoudoux. En manque, ils sont devenus de plus en plus tristes et hargneux, ils tombaient malades, se flétrissaient et mouraient. La sorcière vendait ses philtres à tour de bras, mais rien n’y faisait. Comme elle ne désirait tout de même pas perdre toute sa clientèle au profit du cimetière, elle a inventé un nouveau procédé.

Elle offrit aux villageois des sacs de froid-piquants. Ce sont de petites boules qui ressemblent vaguement aux chaudoudoux, mais, quand on les reçoit, on se sent froid et on a mal. Les gens commençaient à s’échanger les froid-piquants… Ils ne mouraient plus, mais consommaient abondamment les pilules et les philtres de la sorcière.

Un jour une femme qui s’appelle Jolie Doudou survient. Jolie Doudou est une femme chaleureuse et belle qui sait parler aux enfants et qui n’a jamais entendu parler de la pénurie de chaudoudoux.

Elle en donne librement à tous sous les yeux des villageois stupéfaits. Elle sourit beaucoup, on se sent bien avec elle, elle fait des câlins aux enfants. Ceux-ci l’adorent. Et sans plus tenir compte des multiples avertissements de leurs parents, ils se sentent l’envie et le plaisir de partager leurs chaudoudoux, sans plus guère y penser. Même chez certains anciens dans le pays, il y en a qui retrouvent des envies de recommencer à s’échanger des chaudoudoux gratuitement, facilement, pour le plaisir, comme autrefois, dans le passé. Voyant cela, les adultes, tout de même méfiants, et qui se sont fait une raison des froids piquants, se mettent alors à produire des règles et des lois pour réglementer les échanges de chaudoudoux…

C’est le présent. Le présent, ça ne veut pas dire simplement qu’un moment dans le temps. C’est aussi un cadeau. Je ne sais pas quel sera l’avenir, mais j’ai un nombre inépuisable des chaudoudoux à échanger et je suis sûr que vous aussi.

[Traduction et adaptation de François Paul-Cavallier. Version originale de Claude Steiner « Le conte chaud et doux des chaudoudoux » accessible en cliquant ici]

Montréal Carnavalesque

Bal en Blanc. Palais des Congrès. La soirée de l’année à Montréal.

15.000 personnes se sont préparées pendant un an pour ce party. Aller au gymnase, avoir un corps parfait, faire attention à ses cheveux, coupes et teintures fraiches, incroyables et pimpantes, quelques séances de bronzage, tenter le tout pour le tout pour répondre aux critères universaux de beauté : corps, tête et peau en accord parfait pour ce monde à la fois unique, spécial et magique. Chacun y va de son idée de la beauté et de la perfection, chacun décide s’il veut montrer beaucoup ou peu de sa peau, de son corps, de son être.

Carnaval des temps moderne: pendant cette soirée chacun peut être qui il veut. Je suis toi et tu es moi, nous sommes ensemble, en un même lieu, en un même moment, en un même son. Unisson fantastique de mouvements frénétiques et rythmiques… érotisme contrôlé, sensualité partagée, douce pornographie des corps qui se mélangent, des yeux qui se regardent et s’observent derrière les verres fumés des lunettes de soleil. Je regarde, tu regardes, on regarde, on se regarde, on est vus, mais pas reconnus.

Hier nous étions encore chez nous, en pyjama, en train de relaxer après une semaine de travail, en train de reprendre des forces pour cet unique dimanche de l’année, pour être prêt pour ces 12h de danse, où tous les êtres s’oublient et se laissent emporter par des rythmes sauvages, inconnus et incompréhensibles pour certains, doux, magiques et érotiques pour d’autres.

Qui es-tu ? Un avocat, un technicien Vidéotron, un danseur au 281, un postier, un ouvrier d’usine, un homme d’affaire. Qui suis-je ? Une esthéticienne, une personal trainer, une directrice générale des communications, une conductrice de bus, une professeure à Concordia, une informaticienne, une monteuse à la chaîne, une étudiante. Qui déciderons-nous d’être ce soir ? Un ange passe… en G-string, vêtu de ses deux seules ailes blanches et de ses bottes montantes assorties. Un Adonis en jean, torse nu, collier blanc et lunettes de plage. Une déesse du sexe, vêtue comme Lilou Dallas Multipass dans le 5ème élément. Une drag-queen d’un soir, chaussures compensées, 15 cm de talons, frou-frou et lunettes disco. Une fée distributrice de substances illicites…

Tout le monde est beau, c’est la soirée de l’année à Montréal, et tout le monde est beau, même moi ai ce droit ce soir là : tout le monde est beau, y compris moi. Ici tout le monde a la possibilité d’être beau à sa manière, ici tout le monde sourit, chacun a ses raisons et motivations pour être présent, mais tout le monde est réunit pour un même évènement, une communauté des sens, une communauté de beauté et de passion, une communauté hétérogène, mélange d’êtres humains qui sinon jamais ne seraient réunis ensemble en un même lieu et à une même heure.

Demain matin nous reviendrons chez nous, fantômes d’une nuit de beauté et d’érotisme, lunettes de soleil dans le métro, ouvrir la porte, entrer chez soi, ôter ses vêtements et accessoires magiques, ceux qui nous ont fait être quelqu’un d’autre le temps d’une nuit d’échappatoire et de rêve, aller dans son lit, ou bien remettre sa tenue quotidienne de travail, et repartir pour une autre semaine de travail, les pensées ailleurs, les oreilles encore bourdonnantes de ces décibels féériques, un sourire indécrochable malgré la fatigue. Vivement l’année prochaine que ça recommence.

Crescent Street. Jeudi soir. La journée des 5 à 7.

Concept unique et inconnu de moi avant de mettre un pied sur cette terre magique, le « Nouveau Monde  » qu’ils appelaient ça. Un nouveau monde… kind of. Dans une société où le travail est valorisé et où la majorité des gens travaillent beaucoup et sans compter les heures, la vie pourrait être triste et ennuyeuse. Mais si dans cette même société la fête, les réunions, la boisson et le temps de relaxation et d’oubli du travail sont aussi valorisés, alors la vie est loin d’être monotone et fatigante. Le jeudi, avant-dernière journée de travail, en sortant du bureau, il est temps d’aller prendre un verre ensemble, avec ses collègues, sorte de mini carnaval hebdomadaire où les rôles sociaux et professionnels habituels sont mis de côtés. Il y a deux heures tu te faisais appeler dans le bureau de ta chef directe pour te faire passer un savon pour avoir fait perdre 25.000$ à un client à cause d’un mauvais investissement. Maintenant tu trinques avec elle et vous faites des concours de bras de fer. Peu importe qui gagne ce soir, en ce même lieu, à cette même heure, demain est un autre jour où les rôles redeviendront ce qu’ils étaient.

Temps bâtard entre le loisir et le travail, temps personnel mais professionnel à la fois. Se réunir après avoir déjà passé 9 heures ensemble: « ça faisait tellement longtemps qu’on ne s’était pas vus »! Prendre des shooters ensemble, sentir l’alcool couler doucement dans nos veines, s’incruster dans notre sang et dans nos sens. Parler de tout, parler de rien. De soi? Pas trop. Des autres? Beaucoup. Du travail? Mmmmh, pas trop non plus. « -Tes enfants vont bien? -Oui merci, le plus grand entre au CEGEP dans un mois, il veut être informaticien. -Ah tiens! Mon aînée aussi, on devrait les matcher. -Et toi ma grande, ton chum te fait toujours des misères? -Aaaaah… je suis désolé, ça fait longtemps? -Ah donc tu es un cœur à prendre, on va bien réussir à te trouver quelqu’un au bureau, hehehe! -Bon, bah… ma femme va me remonter les bretelles si je ne rentre pas avant le souper, faque… j’m’en va chez nous, allez ma gang: bonne soirée hein! See you guys.

Momentos. N’importe quel vendredi soir. N’importe quelle période de l’année.

A l’intérieur, c’est les tropiques, au moins 45°C, des centaines de personnes collées les unes aux autres, transpirantes et dansantes aux rythmes effrénés d’Amérique du Sud. Merengue, Reggaeton, Bachata, Salsa, Cumbia, Vallenato, Tambores, Rock en Español… Délices du Sud et délices d’une saveur différente et caliente. Ici se réunit la jeunesse immigrante, avec comme objectif de se sentir au milieu de ses semblables tout en remémorant et en revivant son ancienne vie, là-bas, avant de partir ailleurs, loin, ici. Mélange perturbateur, mélange des cultures, le DJ tour à tour appelle chaque nationalité à se manifester… « -¿Donde están los colombianos? -¿los venezolanos? -¿los mexicanos? -¿los peruanos? -¿los cubanos? -¿los ticos? -¿y los chilenos? »… et voilà! ça y est! Le tour de l’Amérique du Sud est fait… Mmmmh… choix intéressant… et si on est « latino », mais pas de ces pays-là ? Alors il faut croire qu’on doit se taire et se fondre dans la masse, ou bien se sentir vraiment encore plus minoritaire que la sensation quotidienne que l’on peut ressentir en étant un étranger vivant déjà sur une terre « ajena »…

Etrangeté de la nature humaine que de toujours catégoriser et stéréotyper au maximum, il semble plus facile de réduire et de classer en catégories simplificatrices de la réalité sociale et culturelle plutôt que de respecter ces différences, pourtant réelles. Pourquoi chacun n’aurait pas le droit à son appel de présence, comme à l’école le matin. Imaginez la maitresse : « les Nicolas ? », et eux de répondre à l’unisson « présents », « les Nathalie ? », « les Dupont ? », « les Gonzalez ? », « les Ben Cherki ? », etc etc etc… Hehehe… c’est pousser un peu loin le bouchon j’avoue… mais quand même, je me demande comment se sentaient les Guatémaltèques ou les Brésiliens à Momentos…

Ah ! Je sais… ils ne venaient tout simplement pas ! Absence dont je me demande toujours aujourd’hui quelle était la raison. Parce que pendant la Copa America ou les Coupes du Monde de Football, alors là oui chaque nationalité apparaissait à Momentos, pendant la retransmission des matchs, chacun porte alors fièrement les couleurs de son pays… les brésiliens apparaissent… mais pas les guatémaltèques, mmmmh… et oui, leur équipe n’accède jamais aux premiers tours… mmmmh…

Minorité dans la minorité d’un continent qu’on pense homogène et similaire culturellement, d’où la notion de « latino »… Ne serait-ce que le fait que le Brésil parle portugais et non pas espagnol est tout de même déjà un grand fossé entre eux et les autres… Puis quand on y regarde de plus près, chaque pays est un individu fort de caractère, avec des modismes idiomatiques différents, entrainant parfois des confusions voire des incompréhensions entre mexicains et péruviens par exemple. Revenons à Momentos, où il fait toujours aussi chaud, chacun y va de son show personnel avec sa partenaire, retour en arrière et danse à deux, collés, serrés, le rythme les emporte en couple, et ils se laissent aller, tout en essayant d’impressionner la galerie. Tout un monde, celui qui danse le mieux, celui dont la novia est la plus belle, a le plus beau corps, est la plus intelligente et la plus gentille, luttes de pouvoir sur le dancefloor, les conflits se règlent à la danse, un peu à la IAM, le Mia Marseillais, et leur « tout s’arrangeait à la danse »…

Notre pire crainte

« Notre pire crainte n’est pas de ne pas être à la hauteur. Notre pire crainte est d’être démesurément puissants. Ce ne sont pas nos zones d’ombre qui nous font le plus peur, mais plutôt notre lumière. Nous sommes des enfants de la Vie. Quand nous faisons semblant d’être insignifiants, cela n’apporte rien au monde. Il n’y a rien de sage à nous diminuer pour que les autres ne se sentent pas déstabilisés à notre contact. Nous sommes nés pour laisser la Vie se déployer en nous dans toute sa splendeur. Elle n’est pas seulement en quelques-uns, elle est en chacun de nous. Et lorsque nous laissons rayonner notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission d’en faire autant. Lorsque nous sommes libérés de notre peur, notre présence automatiquement libère les autres. »

[Marianne Williamson]