Message de Service

Pour celles et ceux qui ont encore un peu d’énergie pour lire une énième réaction aux évènements de cette semaine…

Et sinon : quand est-ce qu’on arrête d’être hypocritement hyper-sensible, hyper-susceptible et hyper-réactif à la moindre info ou déclaration publique ? Et surtout, quand est-ce qu’on arrête d’être incohérents ? Cela fait plusieurs jours que je bouillonne, au-delà du choc, de la tristesse, de la colère, de la peur (et de toutes autres émotions et sentiments liés directement aux évènements survenus en France depuis mercredi matin).

Dans ma définition personnelle, se clamer « Charlie » signifie d’abord et avant tout : « je suis un être humain et je suis pour la liberté d’expression, coûte que coûte et quel que soit le message exprimé ou la forme qu’il prend ». Pour en rajouter une couche, j’aurais même tendance à penser qu’un Charlie (version activiste) se battrait publiquement, quitte à prendre des risques, pour défendre ce droit fondamental de l’humanité. Cela s’appelle une opinion, un engagement, voire même un combat, non ? Apriori, l’Histoire nous montre que le monde est fait d’êtres humains qui ont une opinion (ou pas), qui s’engagent (ou pas) et qui combattent (ou pas).

Il n’y a pas qu’une seule définition de #JeSuisCharlie, et c’est tant mieux, au moins comme ça chacun peut mettre ce qu’il veut dedans, en fonction de ce qu’il souhaite apporter au monde, à son niveau et à sa mesure. Et c’est parfait ainsi. Mais justement, est-ce que chacun pourrait faire une pause et prendre du recul par rapport à son vécu émotionnel et instinctif ? Pour quoi faire ? Et bien pour réfléchir à ce que cela signifie pour soi, dans sa vie quotidienne et à partir d’aujourd’hui, de vivre dans ce monde, aujourd’hui, au milieu de toutes ces divergences et différences d’opinions, d’engagements et de combats ?

Oui, il y a eu de beaux élans humanistes, populaires, politiques, magnifiques, magiques, intenses, avec des licornes et des arc-en-ciel dedans, et que c’est bon, et que ça sent l’amour et la liberté. C’est top ! Mais à quoi bon si demain tout recommence, et si personne ne se pose des questions par rapport à soi-même dans un premier temps. Après tout, c’est plutôt sympa d’imaginer un monde où chacun apprend et évolue, dans le sens qu’il veut et au rythme qu’il veut, non ?

Quelles questions se poser ? Je n’en sais rien, chacun fait comme il le souhaite, mais moi je commencerai au hasard par : c’est quoi la liberté d’expression ? pourquoi est-ce un droit fondamental (ou pas) ? est-ce que je suis pour ? est-ce que je veux le défendre ? si oui, jusqu’à quel point et de quelle(s) manière(s) ? si c’est mon choix, comment puis-je devenir dans mes gestes du quotidien une graine de Charlie ? est-ce un combat que je veux mener ou bien je préfère ne pas m’engager (et j’en ai le droit) ou encore m’engager pour d’autres causes (et j’en ai le droit) telles que : les animaux, la planète, les enfants-travailleurs, les réfugiés de guerre, les sans domiciles fixes, le trafic d’êtres humains, la déforestation, un parti politique, une religion, etc.

De mon point de vue, il n’y a pas de sot combat, ni de combat qui soit trop petit ni trop grand. De mon point de vue, chacun fait comme il le peut, au moment où il le peut. De mon point de vue, on a autant le droit de s’engager que de ne pas s’engager du tout, en acceptant qu’il existe tout un spectre de couleurs entre ces deux positions extrêmes du tout ou du rien. De mon point de vue, on a le droit de choisir ses combats, de les assumer et de les promouvoir. De mon point de vue, on a le droit de tout, si on donne aux autres le droit à tout. Mais ça, c’est une position difficile à tenir 100% du temps, on peut se l’accorder. On s’est tous déjà retrouvés face à un discours, un évènement ou une opinion qui nous choquent, qui nous gênent ou qui nous touchent au plus profond de notre être, et surtout avec lesquels nous ne sommes pas d’accord. Mais que faire alors ? L’interdire ? Partir ? Tuer son auteur ? Ne rien dire ? Débattre ? Combattre ? Bref, je m’éloigne de mon propos.

Au minimum, si on se déclare « défenseur de la liberté d’expression », alors arrêtons de nous offusquer du moindre blabla qui serait en dehors de notre propre vision de ce qui est bien ou mal dans une approche purement dichotomique de la vie. Ou bien, ne nous déclarons pas défenseur de ce droit, et là oui : lâchons-vous avec ferveur, véhémence et violence envers les déclarations que les Dieudonné, les Le Pen & Co., les Bedos de ce monde, parce qu’ils n’auraient pas le droit de dire ce qu’ils souhaitent dire.

Si vous pensez sincèrement que les caricaturistes de Charlie Hebdo avaient le droit fondamental de dessiner ce qu’ils dessinaient, sans devoir mourir pour cela, alors à partir d’aujourd’hui vous devriez participer à la création d’un nouvel espace public où règne le droit infini et inaliénable à la liberté d’expression. Ne vous en déplaise si toutes les déclarations médiatiques n’entrent pas dans votre propre carte du monde, voire vous mettent en colère ou vous paraissent abjectes.

Mais au lieu de s’observer soi-même, de se positionner soi-même, de se poser des questions à soi-même, quitte à en parler ou en débattre publiquement ou pas (de mon point de vue, on a le droit aussi à avoir des opinions privées sur lesquelles on refuse de communiquer), il est devenu bien plus facile d’être bien pensant à jugeant, critiquant et montrant du doigt les autres. Quelque part, je me dis que si l’on devenait chacun son propre prophète, déjà on apprendrait à mieux s’assumer soi-même, à plus s’aimer soi-même, et ainsi devenir plus bienveillant, tolérant et aimant également envers les autres.

J’ai beaucoup hésité à écrire quelque chose. Parce que je sais que le sujet est sensible, et pourrait être mal interprété. Car oui, depuis mercredi, on est #JeSuisCharlie ou on est #JeNeSuisPasCharlie, et le combat entre les deux fait rage. Pas d’entre deux, pas de possibilité d’émettre une opinion qui n’irait pas dans le sens des bisounours, de l’accueil inconditionnel de l’autre et de l’amour universel. Là, vous la voyez l’incongruence qui me fait bouillonner ? Tu parles d’une pression sociale société qui autorise la liberté de penser et de s’exprimer !

Cette approche manichéenne, où ne coexistent que the bien et the mal est justement celle sur laquelle se basent les principales religions, à grand renfort de paradis et d’enfer, de dieux et de diable, de pour ou de contre, de croyant ou de non croyant, de péché ou de vertu, etc. Créant des valeurs supposément universelles, mais surtout que l’on ne doit ô grand jamais remettre en question. De mon point de vue, l’humanité gagnerait à devenir plus nuancée, mais surtout à accepter que chacun est libre de ses choix, de ses déclarations, de ses combats.

J’ai également hésité à écrire quelque chose parce que chacun y était déjà allé de sa participation et que je n’avais pas forcément envie de participer. Puis je me suis rappelée de ce que j’avais justement envie de transmettre comme message : j’ai le droit de dire ce que je veux (je suis moi), et vous avez le droit de réagir comme vous le voulez (tu es toi), et surtout : chacun a le droit de continuer à vivre sa vie comme il l’entend, quitte à continuer à être incongruent et heureux ;) En conclusion : faites comme bon vous semble, si possible en étant conscient de vos choix, de vos opinions et de vos combats. De mon point de vue, et même si c’est à plus ou moins grande échelle, nous impactons toutes et tous le monde dans lequel nous vivons, au travers de notre existence et que nous soyons vivants.. ou morts.

#Merci #Bisous

En passant

Point Bullshit

http://www.boardgameguru.co.uk/the-fall-of-france-11504-p.asp

Jeux de société « The Fall of France »

Depuis ce matin je bouillonne. L’objet de ma colère ? Un article intitulé « The Fall of France » écrit par Janine di Giovanni paru dans Newsweek le 3 janvier 2014 qui prétend offrir un portrait de la France dans son déclin actuel.

PORTRAIT. Actuellement rédactrice en chef « Moyen-Orient » pour Newsweek, Mme di Giovanni est une journaliste de guerre née aux États-Unis. D’après Wikipedia (consulté le 05/01/2014 à 16h30), c’est « l’une des journalistes les plus respectées et les plus expérimentées d’Europe, avec une vaste expérience de couverture de la guerre et du conflit. Son journalisme a été qualifié de « brillant, posé, accompli » et elle est citée comme le meilleur correspondant étranger de notre génération ». Elle a quitté le quartier de Notting Hill à Londres il y a 10 ans pour s’installer à côté du jardin du Luxembourg à Paris après s’être mariée avec un français.

AFFLIGEANT. Dans sa forme, dans son manque d’explications des faits, dans les raccourcis utilisés et surtout dans le point de vue offert : monoculaire et loin d’un journalisme informé et factuel. Je ne remets pas en question la qualité et le professionnalisme de Mme di Giovanni en tant que journaliste de guerre, cependant, je ne suis pas certaine que son analyse soit des plus raffinées concernant le déclin actuel de la France. Je ne peux m’empêcher de penser qu’elle devrait rester dans son domaine de compétences ou faire un vrai travail de journalisme avant d’écrire sur autre chose que la guerre ou les conflits. Par contre, son intervention pourrait être pertinente si un jour on voit Paris sous les bombes, mais on serait tout de même encore loin à mon avis de l’exil des Huguenots suite à la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 (enfin je crois, après tout je ne suis pas historienne).

PARENTHÈSE. Je suis consciente que cela ouvre un débat complexe sur la légitimité de la prise de parole en public, débat tendancieux, voire même dangereux. N’ayant aucune autorité en la matière, je parle en tant que citoyenne française froissée par cette pseudo analyse socio-économico-culturelle de mon pays. Certes, en tant qu’expatriée en France, Mme di Giovanni pourrait offrir un point de vue objectif, voire même novateur. Mais non. Impossible quand on n’observe une réalité qu’au travers de sa lorgnette, depuis le balcon de son appartement du 6ème arrondissement et ce après quelques discussions sociales avec des amis n’appartenant qu’à une seule et unique couche socio-économique. En l’occurrence ici cette couche est dite « élevée » mais pour moi cela poserait le même problème d’unicité des points de vue s’il en avait été autrement.

MÉDIOCRE. Médiocre car écrit par une correspondante de guerre, apriori excellente journaliste, et qui pourtant, nous offre une vision de la France mal informée, mal documentée et mal recherchée. Par exemple, Mme di Giovanni, j’aurais a-do-ré que vous expliquiez en quoi et comment les mondes politiques français et américain ne peuvent pas être comparés à coup de gauche = democrat = liberal Vs. droite = republican = conservative. You, of all people ! How could you make such a shortcut, denying national and international political sciences their own history ! Sur le même principe, ne savez-vous donc pas que le terme « socialism » tel qu’utilisé par la majorité des américains en anglais n’est pas non plus comparable au mot « socialisme » tel qu’utilisé en français par les français ? Et oui, c’est tout le problème de l’interculturalité… Quelle chose complexe ! Il y a la nationalité, la langue, la culture, l’histoire, la compréhension interculturelle, la culture professionnelle, économique, sociale, les identités culturelles, etc. Certes, le cerveau humain, pour traiter les milliers d’informations perçues dans l’environnement, a besoin de créer des catégories pour les ranger et les réutiliser, c’est même au travers de ce processus qui se créent les stéréotypes (je me permets d’utiliser des raccourcis moi aussi). Mais ces stéréotypes ne deviennent dangereux ou mal intentionnés qu’à partir du moment où ils sont véhiculés et vécus comme des préjugés, or, cet article véhicule des idées et des faits sans explication, sans complexité, sans profondeur ; « faits » qui vont être lus, ingurgités et pris comme réels par les lecteurs à qui l’on n’a pas offert un portrait plus réaliste, plus complexe, plus détaillé de la réalité française actuelle. Mais bon, entre nous, ces détails comptent peu, n’est-ce pas ? Restons globaux, c’est plus facile, plus lisible. D’ailleurs, « La chute de la France » est un beau titre, accrocheur, vendeur, racoleur, la totale : bravo.

MENSONGER. Si seulement l’auteure avait écrit cet article comme un article d’opinion, alors oui : donnez votre point de vue, il est vôtre, c’est comme les sentiments, les goûts et les couleurs, ça se discute difficilement, ou juste pour le plaisir de la joute oratoire. Mais, là, il s’agit d’un texte érigé en article informatif de la situation actuelle de la France. Se permettre d’écrire sur un média public aussi lu en s’érigeant « autorité expatriée locale »… Je trouve cela du plus mauvais goût. J’apprends donc, entre autres, que 1/2 litre de lait vaut 4$ US à Paris : soit le taux de change est erroné, soit nous ne vivons pas dans le même monde (OH WAIT !); que la majorité des français payent plus de 70% d’impôts (LOL !) ; que les meilleurs talents sont partis de France et qu’il ne reste que la médiocrité (MERCI !) ; ou encore même que les français n’aiment pas parler anglais (I’m amazed I was even able to understand your article, madam)… Encore une fois, quel dommage d’avoir été aussi rapide en conclusions et aussi avare en explications, parce que ce que vous dites est en partie réel et juste, mais présenté d’une manière si fallacieuse et si mensongère qu’elle est, pour moi, inacceptable de la part d’une personnalité publique comme vous, à l’intelligence, la finesse, l’analyse et l’écriture si développées. Donc par exemple, moi (en tant que française vivant en France), je sais que vous faites référence à l’imposition à 75% des revenus supérieurs à un million d’euros. Mais pour mon ami Jorge qui habite au Mexique ou mon ancien collègue John qui habite en Australie, qu’en est-il ? Et bien, je vous félicite : ils viennent de retenir que la France taxe ses habitants entre 70 et 75% ! (BISOUS !). Donc, entre les minables qui gagnent moins de 5000€ et les médiocres qui sont encore en France (question philosophique bonus : sont-ils restés par stupidité, par pauvreté, par manque de talent ?), en effet ces français : quelle bande de pauvres cons ! Heureusement : il nous reste le métro pour vivre des moments de grâce et des SDF avec qui taper la causette en polonais…

DANGEREUX. Dangereux, car cela ne peut que renforcer un peu plus la blaguounette facile et très stéréotypée des français visant à montrer la débilité latente des américains, que je ne cautionne pas : des cons, des débiles, des chiants, des grands, des gros, des méchants, des gentils, des bienpensants, il y en a dans tous les pays. Malvenu également : qu’en est-il de la responsabilité publique de celui qui écrit sur un média d’envergure internationale accessible au plus grand nombre, car passé au tout numérique depuis décembre 2012 ? Quel dommage de diffuser une telle image de la France, erronée et n’offrant qu’un seul point de vue biaisé par sa propre souffrance, réelle, certes. Dès lors, que penser de la qualité et de la véracité des autres articles publiés par Newsweek sur d’autres pays… ? Je vous laisse y réfléchir.

TRISTE. Oui, je suis attristée par cet article pour une raison complexe et insoupçonnée. On peut se plaindre du French Bashing (dénigrement de la France) autant qu’on veut, nous en sommes la principale source ! Cet article montre que nous-mêmes, français, ne sommes pas capables de faire autre chose que de nous plaindre de ce qui est, sans pour autant essayer d’y changer quoi que se soit. Et cela vaut aussi bien pour les soirées de l’ambassadeur qu’au bistrot du coin ou encore à la réunion de professeurs des écoles du mardi soir. Pour rester dans les stéréotypes grossiers et malvenus : que cela soit Charles-André ou Xavière (avec du champagne), Roger ou Monique (avec de la bière) ou encore Jean-Paul ou Nathalie (avec du vin rouge) , le discours est le même dans le fond : la situation est catastrophique, on court à notre perte, on nous abuse, on nous vole, on nous prend tout… Et chacun mettra le mot qu’il préfère derrière ce « on » : les riches, les dirigeants politiques, les étrangers, les pauvres, etc. Tout le monde y prend pour son grade, et son voisin est toujours mieux loti que soi, évidemment. Ce manque de discernement généralisé et cette vision étroite et nombriliste, c’est peut-être cela que cet article incarne le mieux finalement. Quelle tristesse.

ET MOI, ET MOI, ET MOI ! Je me permets donc, en bonus, d’offrir MON point de vue sur la France, à partir de MA lorgnette d’ex-expatriée française revenue au pays pour tenter d’entreprendre et de créer en dépit des difficultés, réelles et profondes que connait la France.

OUI, la France est un pays en déclin économique, politique, social et culturel… Il serait temps d’accepter cette réalité, au lieu de continuer à surfer les yeux fermés sur la vague obsolète de notre grandeur et de notre rayonnement. Il est toujours plus facile de dépasser les obstacles quand on accepte d’abord leur existence.

OUI, la France est dans une phase de morosité et de doute concernant l’avenir… C’est ce qui provoque, entre autres, de nombreux élans individuels de retour vers ce qui est connu, confortable, reconnaissable (une famille, un métier, une religion, une cause) ; la prise de risque est dévalorisée et conspuée, le changement n’en parlons pas !

OUI, la France n’a pas encore trouvé une culture économique qui lui soit propre et qui lui offre modèle propice au développement exponentiel de ses potentiels et à l’utilisation bénéfique de ses ressources naturelles et humaines… Consultons et apprenons ! Créons et innovons ! Débattons ensemble ! Observons d’autres modèles (au-delà du modèle allemand bitte schön) !

OUI, la France connait une fuite de ses citoyens, et ce toutes classes et tous « cerveaux » confondus… La richesse de la France tient dans sa diversité, dans son hétérogénéité, dans la multitude de ses origines, idées, pensées, etc. Nous pouvons donc encore faire beaucoup de belles choses avec « ceux qui restent » et « ceux qui veulent venir participer ».

OUI, la France est un pays innovant, à l’esprit entrepreneurial fort et aux talents aussi développés que dans les autres pays… Nous n’avons pas encore appris à valoriser et encourager ces initiatives de manière efficiente, constructive et durable.

OUI, la France n’a pas une politique intérieure fonctionnelle d’aide et de soutien économique et culturelle aux entrepreneurs, penseurs, chercheurs, inventeurs, génies, savants fous, jeunes dynamiques, doux rêveurs, originaux, créateurs… Peu importe les explications historiques, sociologiques ou culturelles, il serait peut-être temps de se confronter à cette problématique.

OUI, la France est en quête d’une nouvelle identité et d’une vision commune… On ne peut pas être tous d’accords sur tout, mais peut-être pourrions-nous commencer par poser quelques bases communes et solides autour des atouts incontournables de notre pays : ses ressources naturelles et humaines, sa géographie et son histoire culturellement riches, sa capacité d’innovation, son esprit révolutionnaire, et surtout : sa culture de solidarité. Si, si, j’insiste.

OUI, la France ne valorise pas l’entrepreneur (ni l’intrapreneur d’ailleurs)… elle ne le définit même pas correctement ! Il y a les charges sociales, les impôts, la protection sociale faible, mais pas que, il y a aussi l’isolement social et économique (accès à la location ou prêt bancaire), la non reconnaissance, la non compréhension d’un métier à part entière avec ses propres particularités et besoins, etc.

OUI, la France n’apprend pas aux français à faire la différence entre être un dirigeant et être un entrepreneur… Or, on peut être l’un sans être l’autre. La vision du dirigeant dans l’inconscient collectif est souvent celle du vilain-méchant qui profite de tout et de tous, forcément riche, assoiffé de pouvoir et marchant sur les autres pour réussir. Il serait peut-être temps d’ouvrir le champ des possibles à la multitude de style de direction et de style d’entrepreneurs.

OUI, la France est perdue et désorientée… Perdue dans les faux débats où nos hommes politiques ayant environ 8 ans d’âge mental ne pensent qu’à asseoir leur pouvoir sur les autres, plutôt que de garder l’esprit ouvert et de penser au mieux-être individuel et collectif. Si nos dirigeants politiques ne montrent pas l’exemple, il parait difficile de se vivre comme une nation fière d’elle-même et d’aller de l’avant.

OUI, la France est un pays de râleurs et de critiques incessantes… Et alors ? Optimisons nos atouts et faisons-en une force plutôt qu’un défaut dont nous sommes la risée à l’international. Utilisons ces qualités pour aller de l’avant, imaginer d’autres possibilités, remettre en question, créer de la nouveauté, inventer notre futur, ici et maintenant.

OUI, la France peut (re)devenir un pays où ses habitants se sentent libres (de rêver, d’oser, de penser, de créer), égaux (devant leurs chances, devant leur éducation, devant le champ des possibles) et fraternels (solidaires, ouverts à la différence, tolérants).

À PROPOS DE L’AUTEUR. Je m’appelle Chloé, j’ai 32 ans. Je suis franco-argentine, née à Paris, entre mes 20 ans et mes 30 ans j’ai été expatriée à Montréal (5 ans) et à Dubaï (2 ans). J’ai une formation académique qui a couvert l’anthropologie, la psychologie, la sociologie, la recherche qualitative (études de terrain et ethnographie), le management interculturel, l’information et la communication organisationnelle. J’ai travaillé dans la restauration, l’évènementiel sportif, la recherche académique, le marketing, la communication et la stratégie de développement d’affaires à l’international. Après beaucoup d’hésitations, j’ai décidé de rentrer en France pour créer mon activité professionnelle, aujourd’hui je suis coach d’entrepreneur à mon compte. Oui, le retour a été violent (et il l’est parfois encore) mais je m’accroche, la multitude des modèles que j’ai pu observer de par le monde m’offre de l’espoir pour la France et surtout encore l’envie de participer à la définition de notre modèle unique. J’ai la vision d’un monde où chacun peut s’autoriser à rêver et à oser trouver les ressources nécessaires dans son réseau naturel et social (en ligne et hors ligne). De mon point de vue, La Nature est Généreuse. J’ai également la conviction intime que l’on peut tous participer au changement, pas à pas et à son niveau, action après action. Et ceci est, de mon point de vue, une action, sous forme de coup de gueule et de wake up call. Et si mon idéalisme utopique vous fait doucement sourire, demandez-vous d’abord ce qui vous touche et ce qui parle en vous à ce moment-là et ce que cela signifie pour vous. (BISOUS !).

Le #MojitoAddictForeverClub : kézako ?!

Yo les Cocos Bongos !

Comme souvent sur Twitter, ce délire est parti de pas grand chose : ici en l’occurrence d’une photo publiée par mister @ju_redswan le matin du 10 novembre à 8h, et dont voici la preuve incriminante : http://lockerz.com/s/154834374.

Soiffarde comme pas deux, j’ai RT en rigolant, et BAAAAAAAAM : force a été de constater que j’ai une sacrée bande d’alcooliques dans ma  TL, en tous les cas au moins autant que moi !

Ravie (autant que surprise) de réaliser ce fait, j’ai donc proposé que l’on se fasse de temps à autres de petites rencontres « MojiTwittesques ». Jouons aux experts du Mojito : chacun peut aller de sa suggestion de lieu pour déguster d’excellents mojitos lors de nos prochains rendez-vous !

La première fois, et sur la suggestion d’un passionné de Mojito (j’ai nommé : @sniperovitch) on s’est donné rendez-vous le samedi 12 décembre au soir à l’Évidence Bar. La soirée a été excellente (les mojitos aussi) et une vingtaine de personnes sont venus, de tous horizons.

Nous avons besoin de savoir à peu près combien nous serons pour réserver et pour permettre au patron de chaque bar d’aller cueillir de ses douces mains un nombre suffisant de feuilles de menthe dans les bois avant notre arrivée rocambolesque… C’est pourquoi une adresse a été créée pour pouvoir envoyer un emailing à tous ceux qui souhaitent être tenus informés des prochains meetings. Si vous souhaitez faire partie de la joyeuse troupe, veuillez envoyer vos coordonnées au : mojitoaddictforeverclub@gmail.com.

Par souci de respect de la vie privée, tout le monde est mis en CCI (pour le moment 50 personnes) et il vous suffit donc de répondre directement à la même adresse pour confirmer ou non votre venue. Si vous souhaitez ne plus recevoir les annonces de réunions : il vous suffit simplement d’envoyer un GENTIL email (nan mais c’est vrai quoi, faut être gentil dans la vie !) et je vous effacerai à tout jamais (à peine dramatique la fille…) de cette splendide liste d’Alcoolique Anonymes, auto-proclamés lors de notre première rencontre les : #MojiTwittos. Même si vous ne venez pas cette fois-ci, vous serez tenus informés de la prochaine session du #MojitoAddictForeverClub par email !

Enfin : si vous souhaitez inviter d’autres personnes, aucun souci, on n’est pas racistes… #QuoiQue… Par contre je dois simplement être informée du nombre approximatif ! Moi je dis : plus on est de fous, moins y’a de riz ! #huhu

Sur ce, à la prochaine… #OuPas !

Signé : @elikxir
A.k.a. « Maman du #MojiTwittos »

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PS : j’en profite quand même pour préciser que l’Évidence Bar est une excellente adresse pour les Mojitos, pas chers, bien servis, avec fraises et framboises si vous le souhaitez, et avec en bonus en cuisine des saucissons au fromage et des vrais galettes bretonnes vraaaaaiment excellentes (pour éponger l’alcool notamment… #Ahem). Je vous laisse leurs coordonnées ci-dessous :

L’Évidence Bar
132 Boulevard Charonne 75020 Paris
Twitter : @Levidencebar
Facebook : L’Évidence Bar

Colors Impro

Ce week-end j’ai été invitée à un spectacle d’improvisation, et sans vraiment savoir de quoi il retournait, j’ai accepté. Ni une, ni deux, accompagnée de @Poupimali et @paumeeaparis, nous voila parties pour de nouvelles aventures, yatzee !! Arrivées devant le Théâtre du Gymnase, de drôles de gens avec de drôles de chapeaux colorées nous demandent de remplir un papier en choisissant un thème et une couleur… Intriguée, je m’y colle, non sans une délectable impatience.

Le concept de « Colors » est génialement simple : chaque improvisateur a sa couleur et présente son personnage en début du spectacle. Ensuite a lieu le tirage au sort des thèmes choisi auparavant par le public, la sélection (par l’auteur du thème) de 3 couleurs/improvisateurs qui présentent chacun un début d’histoire en 10 secondes. L’histoire sélectionnée gagne le droit d’être improvisée sur scène… Je n’en dirais pas plus, c’est à vivre, à ressentir et à rire en direct live !

Nous avons eu l’honneur de voir sur scène : Miss Emerald (Mû), Mister Yellow (Franck Porquiet), Mister Purple (Esteban Perroy), Mister Turkoïse (Garo Fakrajian), Mister Orange (David Garel) et en Very Special Guest Star « Miss White » : Magalie Madison, plus connue comme « Annette » de Premiers Baisers. On peut avoir envie d’en rire, mais après avoir vu ses performances sur scène dans un environnement qui ne lui était pas familier : je pense qu’il est temps de ranger Annette dans un placard et de considérer Magalie Madison à part entière.

Car l’exercice qui lui est demandé est périlleux, étant comédienne et non pas actrice d’improvisation. Je n’étais pas certaine de faire la différence avant de voir « Colors », pourtant maintenant c’est très clair, et je suis encore sous le charme de cette forme d’art instantanée et surprenante. Renouvellement permanent d’une inventivité sans fin, c’est tout simplement beau.

De rires en fous rires, le tout accompagné en musique live par le fort sympathique groupe « Gingerdread », nous avons épluchés les thèmes suivants: mon 1er carnaval à Rio, Ail, Avoir le Crâne entre 2 Rames, Crêpe Nutella, Chasse aux Trésors, Je suis un Boulet, L’Odeur des Chaussettes après le Foot, La Mienne est plus Grosse que la Vôtre, Piment du sud et enfin : Les Réseaux Sociaux ! Pur fruit du hasard car nous n’y étions pour rien !

D’ailleurs c’est assez amusant de voir le traitement qui a été fait du sujet. Il suffit de regarder les débuts d’histoire proposés par Miss Émeraude et Miss White pour voir que le mystère plane toujours autant sur cette Bulle « Social Media » :

Donc, les réseaux sociaux improvisés par Magalie Madison, ça donne : un tueur en série, de la rencontre en ligne, une boucherie maison, des couteaux laguioles, des zombies, des squelettes dans les placards, le tout via Facebook !

J’avais délibérément évité de rechercher plus d’informations sur ce spectacle, afin d l’aborder avec la primeur et la fraicheur d’une novice, et j’ai été agréablement surprise, positivement enchantée et incroyablement emballée par le concept, l’organisation et les improvisateurs présents sur scène. De scénettes en scénettes, la magie opère et surtout le talent s’impose, avec des rappels subtils des thèmes précédents et de délicieuses mise en parallèle. J’ai été subjuguée par l’art de l’instantanéité, la culbute du rebond, l’exercice d’équilibriste qui rapproche ces artistes sur scène… Assurément c’est un spectacle à ne pas manquer, je vous recommande chaleureusement d’aller voir « Colors » !

Pour avoir un petit aperçu avec les quelques photos que j’ai prises lors du spectacle du samedi 9 juillet : Colors Impro.

Et je suis ravie de pouvoir vous proposer des entrées à moitié prix, soit 17€ au lieu de 34€. Contactez-moi via Twitter (@elikxir) !

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INFOS UTILES

QUOI ? « Colors » c’est 130 représentations en 3 ans, 130 invités, déjà plus de 20.000 spectateurs et 2 Casino de Paris.

COMMENT ? Ce spectacle a été créé, mis en scène et produit par Esteban Perroy et Franck Porquiet, avec les comédiens pros de l’EFIT, École Française d’Improvisation Théâtrale, et chaque soir un nouvel invité surprise (Mister ou Miss White).

QUAND ? Du 1er Juillet au 6 août 2011 au Théâtre du Gymnase (Paris 10ème – Métro Bonne-Nouvelle), les jeudis, vendredis et samedi à 22h30. Réservations au 01.42.46.79.79.

QUI ? Parmi les derniers invités surprise reçus : Zoé Félix, Laurent Gamelon, Bérénice Béjo, Nicolas Briançon, Valérie Karsenti, Fred Bouraly, Agnès Soral, Aurélien Wiik, Alain Bouzigues, Philippe Lellouche, Philippe Duquesne, Rona Hartner, Vérino, Les Bonimenteurs, Isabelle Mergault, Eric Savin , Chantal Ladesou ou encore Vincent Moscato.

En dehors de ces représentations exceptionnelles de l’été, vous pouvez également les voir tous les dimanches de l’année, comme l’explique la bande-annonce de la saison 2010/2011.

Et pour encore plus d’infos : Facebook « Colors »

Les filles des 343 salopes

« On est en l’an 2000, j’ai à peine 19 ans, je viens juste de le rencontrer, et avec lui, c’est mes « vraies » premières fois. La pilule je la prenais déjà depuis plusieurs années, pour d’autres raisons que des « rapports réguliers avec un partenaire », donc au moins ça tombait plutôt bien: pas besoin de passer par la case gynéco pour pouvoir vivre librement nos ébats. Oui mais voila, j’ai eu rapidement le plaisir [ironie] de pouvoir cocher la case des statistiques morbides « je fais parti des femmes qui prouvent les 0,5% d’inefficacité de la pilule ». Alors qu’on vivait notre élan amoureux, notre jeunesse et notre enthousiasme sexuel débordant, ce gros coup de massue est venu nous frapper… sans prévenir, évidemment (sinon c’est pas drôle !).

Je viens d’une famille ouverte, éduquée et où le dialogue est sommes toutes assez libre. J’étais plutôt « informée » sur des sujets tels que la sexualité, la reproduction, les relations hommes/femmes, la psychologie, l’avortement (expériences vécues par mère, tante, grand-mère et même arrière-grand-mère!), les lois, etc. Et pourtant, j’ai accumulé les « erreurs » qui ont transformé un parcours déjà pas naturellement facile à vivre, en parcours de la combattante déchue.

Comment je m’en suis rendue compte? Tout simplement grâce à ma grand-mère, qui a toujours répété qu’elle savait qu’elle était enceinte instantanément car il lui devenait impossible de fumer et de boire du café. Alors… quand mon odorat est devenu un beau matin surpuissant et que j’ai été écœurée par la clope, le café et toutes les odeurs existantes… J’ai su. D’ailleurs, cet odorat hyper développé ne m’a pas quittée depuis. Weird. Mais comme l’intuition féminine ne fait pas tout, je suis quand même allée acheter un test en pharmacie, histoire de. Prise d’angoisse et de doute, je n’ai rien trouvé de mieux à faire que d’aller aux toilettes de la fac… Si vous connaissez les locaux de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, alors vous comprendrez pourquoi j’aurais largement pu attendre de rentrer chez moi!

D’abord j’ai été prise de panique, j’ai ressenti de la honte, de la culpabilité, du dégout, de la déception, de la tristesse, j’étais dépitée, désœuvrée. « MON PÈRE VA ME TUER ». En parler à ma mère (à qui je dis pourtant tout) ?! JAMAIS DE LA VIE ! A mes ami(e)s?! Ah non alors, trop la honte. Du coup il ne me restait plus personne à qui en parler… et donc je n’ai rien dit, à personne. Là, je suis encore assise sur la cuvette des chiottes de la fac avec le fameux bâtonnet devant les yeux. Les pensées vont vite, les images défilent, le corps lui, est tétanisé. Bon cocotte, va falloir passer à l’action là. Car oui, je n’ai jamais hésité et je ne me suis jamais posée la question quant à l’issue possible de « la chose ». Pour moi, c’était simplement impensable et impossible d’avoir un enfant à 19 ans avec un garçon que je connaissais depuis 1 mois !

D’ailleurs, bah oui, tiens, et le garçon? ou dois-je dire le « père »? Je suis toujours dans les toilettes. Il est chez ses parents en Normandie. Je vais dehors, je sors mon portable, je m’allume une clope. Coup de poing olfactif. Haut le cœur. « Yüüüüürk, c’est dégueulasse, écrase-moi cette chose que je ne saurai sentir ». Je l’écrase. Je l’appelle. Je tremble. Il répond. Je ne dis même pas bonjour. J’éructe un maladroit et brutal « je crois que je suis enceinte ». Gros silence, puis « Et… ». Ma première pensée (intérieure): t’as vraiment pas de couille mon pauvre, même pas capable d’énoncer les deux possibilités qui se présentent à nous tellement tu as peur. Je réponds: « et… il va falloir faire ce qu’il faut ». Et oui: moi non plus je n’avais pas les « couilles » de le dire à voix haute, bien fait: telle est prise qui croyait prendre! Réponse : « ok ». Moi : « … ». Pensées intérieures: OK ?! C’est tout ? C’est quoi ça ?! Espèce de gros connard de merde !! Euh… tu ne comptes pas revenir en courant à Paris pour… je ne sais pas moi: être avec moi, m’accompagner, me soutenir, même silencieusement. Gros naze. J’hallucine, et en plus tu es prêt à raccrocher, là maintenant, comme ça. Moi je vais bien à part ça, merci d’avoir demandé. Évidemment, je n’ai rien dit de tout ça à voix haute. J’ai encaissé. J’ai assumé. Seule… comme une grande, que je n’étais pas, bien entendu.

Bon, à partir de là tout s’est enchainée en mode « freestyle j’accumule la malchance ». Mon gynéco – qui a confirmé la grossesse 5 minutes auparavant avec un euphorique « ah oui! ça, vous êtes bien enceinte! je dirais même d’environ 5/6 semaines » – me parle maintenant comme si j’étais une menteuse inconsciente, car je lui ai dit que je souhaiter avorter. Il m’explique qu’à partir de là il ne peut rien faire de plus pour moi et que je dois contacter un hôpital ou une clinique. Merci. Au revoir.

Que faire, dans quel ordre, qui, quoi, où? À l’ère de l’hyper-information, de l’Internet, des associations de soutien en tout genre, etc. on pourrait croire que tout est accessible. Pourtant, je dois déplorer qu’à l’époque, complétement pétrifiée et choquée, je n’ai pas réussi à trouver un havre qui m’aurait accueillie, guidée et conseillée. En grande partie de ma faute, c’est vrai. Naïveté? Inconscience? Dramatisation adolescente? Manque de débrouillardise? Je ne sais pas, surement un peu de tout. Finalement, ça sera les Pages jaunes. Requête: « hôpital – service obstétrique – le plus proche ». J’appelle. L’appel le plus sympa que j’ai eu à faire de ma vie. Rendez-vous est pris pour dans 3 jours avec M. Obstétrique, M. Échographie et Mme Psychologie (c’est la loi). Ok.

Le jour J. J’attends 2h (ça commence bien). Réception glaciale, du personnel administratif aux médecins. Pas un regard, et surtout, surtout, pas de compassion. Il me pose les questions de son formulaire, coche des cases, ne commente rien. J’atterris ensuite chez M. Échographie, pas un mot. Bbrrrr, ce gel est froid… essuyez-vous. Il sort. Ok. Je passe ensuite dans le bureau de Mme Psychologie: « il faut établir votre profil psychologique afin d’évaluer votre capacité à prendre une telle décision en conscience des conséquences lourdes qu’elle peut avoir ». Autre série de questions, autres cases cochées. Verdict: je pense que vous réalisez ce que vous vous apprêtez à faire, j’autorise donc la procédure. La loi nous obligeant à vous donner un délai de réflexion d’une semaine… je vous revois mercredi prochain. Je suis ravie d’apprendre qu’en plus de ça, j’en ai encore au moins pour 10 jours à « être enceinte ». De manière très naïve, je ne m’étais même pas vraiment imaginée les détails précis, et pourtant: ça parait évident que ça ne se fait pas par l’opération du saint esprit, pas comme ce qui m’a mis dans cet « état ». Je vais bien. Tout va bien. Je suis au top.

Retour devant M. Obstétrique, il a mon dossier dans la main, le lis silencieusement pendant ce qui me semble être de très longues minutes. Un ange passe. J’espère que c’est lui qui viendra chercher et accompagner mon bébé dans la lumière. J’arrive à lire à l’envers une des cases « mono-embryonnaire ». PAF. Et si ça avait été des jumeaux? Est-ce que cela aurait changé quelque chose? Bizarrement, je crois que oui, mais pourquoi : c’est « plus pire »? moins supportable? Aucune idée…

Ah, le monsieur me parle maintenant, tout en griffonnant dans mon dossier. Comme personne ne m’explique rien, je commence à délirer intérieurement: qu’est-ce qu’il peut bien écrire (la liste de courses que Monique lui a demandé de faire avant de rentrer ce soir)? fait-il des mots croisés (H9: destination exotique en 7 lettres)? un gribouillage (ceux qu’on fait machinalement quand on parle au téléphone)… Il commence à m’expliquer, lascivement, qu’il existe 2 méthodes d’interruption volontaire de grossesse. Aaaaah, là tu m’intéresses, vas-y: développe, explique, cause (je t’autorise à gribouiller en même temps). Soit je prends des médicaments qui provoqueront une fausse couche, soit je passe sur le billard pour une « aspiration ». C’est la même chose. La première est plus douloureuse que la deuxième, mais plus naturelle, avec une possibilité d’échec certes, mais faible sur des sujets jeunes comme vous. Vous préférez quoi ? On dirait un caissier de McDo : « bon, mademoiselle, ça sera le menu 1 ou le menu 2? Avec ou sans frites? » (à prononcer à voix haute à la Élie Kakou). Est-ce que j’ai le droit de dire un WetMcChicken ? Nan hein? Ça ferait mauvais genre quand même, et je ne pense pas qu’il capterait le jeu de mot consistant à insister sur le fait que j’ai les chocottes, grave de chez grave. Je poule-mouille dans ma culotte.

Mon approche d’écriture humoristique-caustique-sarcastique n’enlève rien au fait que je ne prends pas du tout l’avortement comme une intervention, un choix ou une action à la légère, bien au contraire. C’est ce qui explique que j’aie choisis l’option no. 1. J’ai estimé qu’une « simple » opération était un peu trop « facile » (je m’endors, je me réveille, et hop là on n’en parle plus, comme par magie). J’ai donc préféré l’option « naturelle » qui me permettrait de sentir mon corps et par-là même de participer activement au processus de deuil. Donc, mercredi prochain, je reviens ici, je revois Mme Psychologie, et si je décide de procéder à l’intervention, ils me donneront les 2 premières pilules. Ensuite je devrai revenir le vendredi pour prendre la pilule « active » et rester sous surveillance environ une 1/2 journée.

Mercredi. Je passe, je parle, je décide, je prends les 2 pilules, je rentre chez moi.

Jeudi. Je ne me sens pas très bien. J’ai des poussées de tachycardie. J’ai peur. Et si quelque chose clochait. Ma mère est dans le salon… Si elle savait. Ma sœur est au téléphone… Insouciante adolescente. Je suis aux toilettes (décidément… on y revient souvent à ces fameux WC)… victime d’une hémorragie assez colossale. Grosse flippe. MAMAN. Pas le choix, là je dois lui dire, et on doit aller dare-dare à l’hôpital. Je lui vomis la nouvelle en 4 mots, elle encaisse, elle assure, je ne suis plus seule, malgré l’angoisse, quel soulagement ! Finalement plus de peur que de mal, rien d’anormal. Je suis renvoyée chez moi à 2h du mat’ et dois être de retour à 8h. Mais cette fois, je dors bien pour la première fois depuis 15 jours: car demain matin, ma maman m’accompagne. Je ne suis plus seule.

Vendredi. J’ai pris la dernière pilule, maintenant il fait attendre le déclenchement de fausse couche. On est dans la chambre, ma mère me fait rire avec des blagounettes, mais surtout: elle me tient la main. Je passe les détails de ce qui a suivi, un peu trop gore et hardcore à mon gout. Résumons simplement en disant qu’en effet, je l’ai bien senti et vécu à fond. Et surtout: je ne regrette absolument pas d’avoir choisi de le faire par cette méthode. Par rapport à ma personnalité, c’est ce qui m’a permis de faire les choses bien, d’entamer mon deuil de manière positive et constructive, et de l’avoir accompagné -à ma manière- ce p’ti bonhomme.

Bon, la suite de l’histoire -car l’aventure hospitalière ne s’est pas arrêtée là- est que j’ai gagné 2 avortements en 1… c’était pas Noël, mais apparemment c’était ma fête! L’échographie de contrôle a montré que je devais quand même subir une aspiration car l’avortement n’était pas finalisé, donc pour éviter tout risque de septicémie. Vous deviez bien le savoir mademoiselle, le taux d’échec de cette méthode est de l’ordre de 30%. Ah oui, 30% quand même? Ah si seulement j’avais pensé à demander le chiffre exact correspondant à l’expression « faible taux d’échec » (ou si on m’avait mieux informée…), j’aurais peut-être pondérée ma décision différemment… Donc bon, 6 jours après, rebelote-pelote. Anesthésie générale, opération, salle de réveil. DOULEUR. La putain de sa maman (pardon). DOULEUR.

Bon, je passerai aussi sur le fait qu’ils ont laissé partir ma mère ce matin-là sans nous dire que je ne serai pas autorisée à quitter l’hôpital seule en taxi le soir. Je me suis donc retrouvée, dans la salle des urgences, groggy comme pas deux, à devoir décider à quel ami j’allais passer un coup de fil sympathique et surprenant. « Salut (ton le plus enjoué possible), dis-moi, je t’expliquerai, mais: tu peux venir me chercher à l’hôpital là tout de suite? Non, rien de « grave », ne t’en fais pas. Tu peux? Super, merci, je t’attends ici, merci, mille fois merci, je t’expliquerai oui, encore merci ».

Quoi qu’il en soit, voici les détails qui constituent mon témoignage concernant mon avortement. « Suis-je une mère? » … « Ai-je bien fait mon deuil? » … « Pourrais-je encore avoir des enfants? » … « Blablablu blabli ». À partir du moment où on veut aller bien, alors on va bien. Point barre. Au-delà des détails « techniques » traumatisants de mon avortement, je n’ai jamais eu aucun trouble du sommeil par la suite, ni aucun souci d’étique, ou de problème envers ma moralité ni mes valeurs. Par la suite, j’ai finalisé mon deuil de cette âme qui a voulu s’incarner et arriver sur Terre un peu trop tôt en faisant notamment un enterrement symbolique. Je l’ai également prénommé. Il s’appelle Erwann, il fait partie de moi pour toujours, et aujourd’hui il aurait bientôt 11 ans. Je suis une femme stable et équilibrée, j’ai subi un avortement, et je le vis bien.

Pourquoi raconter mon expérience, et ce, à visage découvert qui plus est? Je dois l’avouer, j’ai d’abord commencé à écrire sous mon pseudo et sans mettre de lien vers mon blog. Puis je me suis ravisée, car après avoir signé l’appel d’un « Miss K. » anonyme, je m’en suis immédiatement voulue de ressentir encore le besoin de « m’en cacher », j’ai de nouveau ressenti de la honte et de la culpabilité, comme si j’étais sale, pas présentable. Or, cette démarche (individuelle autant que collective) cherche justement à déconstruire ce mythe de la honte, de la culpabilité, du silence, du poids et des tabous entourant encore en 2011 l’avortement.

J’avais donc commencé à (d)écrire mon expérience par envie et besoin de catharsis thérapeutique, je ne pensais même pas forcement le mettre en ligne. Au fur et à mesure mon geste est devenu un peu plus engagé, voire même très engagé. Je souhaite appuyer la démarche initiée par les filles des 343. Je vais donc publier mon témoignage ici même, le publier sur mon blog avec un lien renvoyant sur ce site, et je publierai le lien sur mes réseaux sociaux. Ce n’est qu’un modeste apport, certes, mais j’y tiens, car si tout le monde se disait « ce n’est pas assez alors pourquoi le faire? », alors on n’arriverait jamais à aucun résultat, changement ou évolution dans nos sociétés.

Par contre, et au risque d’en choquer certaines, je ne souhaite pas associer mon engagement à du militantisme féministe. Sans forcément pouvoir expliquer pourquoi, cela me dérange. Peut-être que c’est parce que de mon point de vue, l’avortement est un acte intrinsèquement à la condition « d’être femme » (un homme, par définition, n’avorte pas). Il va donc au-delà de la lutte des genres en ce qu’il touche de manière complexe et intriquée à de nombreux domaines : reproduction des espèces, médecine, sciences, religions, étique, psychologie, politique, biogénétique, etc. Quoi qu’il en soit, je souhaite que mon témoignage vienne soutenir les rang d’une voix sourde qui souhaite provoquer une évolution psycho-sociétale. Avoir une grande gueule et s’exprimer librement : oui. Se battre pour une cause qui nous tient à cœur : oui.

Mon histoire est banale, nous sommes beaucoup à l’avoir vécue, et d’autres viendront également; mais nous sommes également toutes uniques et spéciales, et il est bon de se le rappeler. Alors aujourd’hui, c’est décidé: plutôt que de vivre cachée et en dissimulant ce « passé » qu’on n’est supposées ne dévoiler qu’avec une certaine gêne et strictement dans notre sphère intime, je le dis haut et fort: J’AI AVORTÉ DANS LES ANNÉES 2000 ET JE VAIS BIEN ! »

:: Témoignage publié dans le cadre de l’appel « IVG, je vais bien, merci! » lancé par « les filles des 343 salopes » ::
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