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Chauds-Doudous & Froids-Piquants

Dans un pays lointain, les gens vivaient heureux. Ils portaient, accroché à leur ceinture, un sac de petites boules duveteuses appelées chaudoudoux, parce qu’elles faisaient chaud et doux.

Chaque fois qu’une personne avait envie d’un chaudoudoux, elle le demandait. Et l’autre plongeait la main dans son sac et le lui offrait. Les chaudoudoux sont inépuisables parce qu’elles sont les marques d’attention que nous échangeons et qui nous remplissent de bien-être.

Tout cela ne faisait pas l’affaire de la vilaine sorcière qui ne vendait ni ses philtres ni ses pilules ! Elle décida de créer la pénurie en soufflant à l’oreille d’un villageois l’idée que les chaudoudoux pouvaient venir à manquer. « Si ta femme donne ses chaudoudoux à n’importe qui, il n’y en aura plus pour toi. » Jalousie, doute, suspicion apparaissent.

Le mari commençait à surveiller sa femme, qui contrôlait à son tour ses enfants… Très vite, tout le village s’est trouvé atteint. Les gens hésitèrent à s’échanger des chaudoudoux. En manque, ils sont devenus de plus en plus tristes et hargneux, ils tombaient malades, se flétrissaient et mouraient. La sorcière vendait ses philtres à tour de bras, mais rien n’y faisait. Comme elle ne désirait tout de même pas perdre toute sa clientèle au profit du cimetière, elle a inventé un nouveau procédé.

Elle offrit aux villageois des sacs de froid-piquants. Ce sont de petites boules qui ressemblent vaguement aux chaudoudoux, mais, quand on les reçoit, on se sent froid et on a mal. Les gens commençaient à s’échanger les froid-piquants… Ils ne mouraient plus, mais consommaient abondamment les pilules et les philtres de la sorcière.

Un jour une femme qui s’appelle Jolie Doudou survient. Jolie Doudou est une femme chaleureuse et belle qui sait parler aux enfants et qui n’a jamais entendu parler de la pénurie de chaudoudoux.

Elle en donne librement à tous sous les yeux des villageois stupéfaits. Elle sourit beaucoup, on se sent bien avec elle, elle fait des câlins aux enfants. Ceux-ci l’adorent. Et sans plus tenir compte des multiples avertissements de leurs parents, ils se sentent l’envie et le plaisir de partager leurs chaudoudoux, sans plus guère y penser. Même chez certains anciens dans le pays, il y en a qui retrouvent des envies de recommencer à s’échanger des chaudoudoux gratuitement, facilement, pour le plaisir, comme autrefois, dans le passé. Voyant cela, les adultes, tout de même méfiants, et qui se sont fait une raison des froids piquants, se mettent alors à produire des règles et des lois pour réglementer les échanges de chaudoudoux…

C’est le présent. Le présent, ça ne veut pas dire simplement qu’un moment dans le temps. C’est aussi un cadeau. Je ne sais pas quel sera l’avenir, mais j’ai un nombre inépuisable des chaudoudoux à échanger et je suis sûr que vous aussi.

[Traduction et adaptation de François Paul-Cavallier. Version originale de Claude Steiner « Le conte chaud et doux des chaudoudoux » accessible en cliquant ici]

SnapTweetImpro #0

Aujourd’hui, @cylk34 et moi (@elikxir pour les intimes), nous souhaitons vous proposer un nouveau hashtag correspondant à une folle idée d’écriture en binôme : #SnapTweetImpro.

Un matin alors que je tweetais ma sempiternelle mini-poésie en guise de bonjour matinal, je reçu une réponse on ne peut plus poétique et inspirée… De là a commencé un échange spontané  d’envolées lyriques, véritable ping-pong littéraire des temps modernes.

Né du plus pur des hasards, l’envie de transformer un acte naturel et intuitif en un mouvement artistique d’improvisation épistolaire 2.0 s’est faite de plus en plus forte. C’est pourquoi nous vous proposons d’entrer dans la danse en y allant de vos propres TweetProses, à 4 mains, en 140 caractères, en TL, dans l’échange, pour le plaisir de chacun et de tous.

Pour participer, vous pouvez nous envoyer vos #SnapTweetImpro au SnapTweetImpro@gmail.com et également nous suivre sur notre compte Twitter @SnapTweetImpro. Toutes les semaines nous publierons le meilleur #SnapTweetImpro pour permettre à tous de découvrir les différents tons, styles et créatifs qui coexistent sur Twitter.

Le SnapTweetImpro #1 sera publié la semaine prochaine, il s’agit du nôtre. Quelques mots-clés pour vous guider, car nous ne souhaitons pas imposer de règles : spontanéité, instantanéité, écriture, duo, sourire, freestyle, improvisation, respect des différences, créativité, etc.

Pour vous mettre en bouche, voici notre mise en mots rétrospective de nos ressentis respectifs…

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           Elle
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À moitié endormie et encore au chaud sous ma couette, comme tous les matins après que mon réveil aie sonné, je referme les yeux en laissant mon cerveau émerger et divaguer de lui-même vers son univers enchanté de proses diverses et variées.

Les doigts comme du coton, je caresse doucement mon iPhone pour tweeter mon inspiration du jour : « Le réveil oublié d’une nuit agité par des découvertes fantastiques… Piraterie des songes, voyages aventuriers, héroïne au grand cœur… »

Nous sommes le vendredi 8 juillet, il est 6:30. Dans 3 minutes apparaitra une missive des plus étonnantes, des plus surprenantes et des plus originales : « de fantasques songes dans lesquels on aime se perdre en laissant l’inconscient créer de l’improbable« … C’est là qu’il apparu.

De tweets en échanges nous avons vogué sur le lyrisme naturel des mots que nous nous sommes inspirés… Transformant l’improvisation et l’élan du moment en une sorte de prose en 140 caractères, ce mélange improbable nous devint divin et exquis.

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           Lui
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C’était là, dans le prisme d’un œil ouvert, dans un visage à moitié enfoncé, dans un coussin encore chaud. Comme à mon habitude, je lisais les tweets matinaux, entre jeux de mots et infos.

Je scrutais mes contemporains lâchant quelques phrases qui allaient se perdre dans les abysses des serveurs mondiaux disséminés on ne sait où. J’attendais de faire naître un léger retard à ma journée.

Un avatar brillant, lumineux, arrêta ma nonchalance par sa poésie qui m’interpella. Quelques mots simples pour exprimer la vie. J’eus soudainement envie de répondre, et dans un élan d’improvisation, je lui offrais quelque mots.

L’attente fut brève avant une tout aussi belle réponse. J’ai souris. J’enchainais encore et chaque fois une réponse plus pertinente et poétique m’était envoyé. C’est une femme, je suis un homme et nos verbes se sont embrassés.

Des jours ont passés, des heures écoulées des centaines de mots échangés. Et toujours, l’envie de la surprendre, de la séduire, de la stimuler. Des discussions sans fin et sans commencement non plus, des instants de rien, juste des mots, juste nous et la poésie.

Les filles des 343 salopes

« On est en l’an 2000, j’ai à peine 19 ans, je viens juste de le rencontrer, et avec lui, c’est mes « vraies » premières fois. La pilule je la prenais déjà depuis plusieurs années, pour d’autres raisons que des « rapports réguliers avec un partenaire », donc au moins ça tombait plutôt bien: pas besoin de passer par la case gynéco pour pouvoir vivre librement nos ébats. Oui mais voila, j’ai eu rapidement le plaisir [ironie] de pouvoir cocher la case des statistiques morbides « je fais parti des femmes qui prouvent les 0,5% d’inefficacité de la pilule ». Alors qu’on vivait notre élan amoureux, notre jeunesse et notre enthousiasme sexuel débordant, ce gros coup de massue est venu nous frapper… sans prévenir, évidemment (sinon c’est pas drôle !).

Je viens d’une famille ouverte, éduquée et où le dialogue est sommes toutes assez libre. J’étais plutôt « informée » sur des sujets tels que la sexualité, la reproduction, les relations hommes/femmes, la psychologie, l’avortement (expériences vécues par mère, tante, grand-mère et même arrière-grand-mère!), les lois, etc. Et pourtant, j’ai accumulé les « erreurs » qui ont transformé un parcours déjà pas naturellement facile à vivre, en parcours de la combattante déchue.

Comment je m’en suis rendue compte? Tout simplement grâce à ma grand-mère, qui a toujours répété qu’elle savait qu’elle était enceinte instantanément car il lui devenait impossible de fumer et de boire du café. Alors… quand mon odorat est devenu un beau matin surpuissant et que j’ai été écœurée par la clope, le café et toutes les odeurs existantes… J’ai su. D’ailleurs, cet odorat hyper développé ne m’a pas quittée depuis. Weird. Mais comme l’intuition féminine ne fait pas tout, je suis quand même allée acheter un test en pharmacie, histoire de. Prise d’angoisse et de doute, je n’ai rien trouvé de mieux à faire que d’aller aux toilettes de la fac… Si vous connaissez les locaux de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, alors vous comprendrez pourquoi j’aurais largement pu attendre de rentrer chez moi!

D’abord j’ai été prise de panique, j’ai ressenti de la honte, de la culpabilité, du dégout, de la déception, de la tristesse, j’étais dépitée, désœuvrée. « MON PÈRE VA ME TUER ». En parler à ma mère (à qui je dis pourtant tout) ?! JAMAIS DE LA VIE ! A mes ami(e)s?! Ah non alors, trop la honte. Du coup il ne me restait plus personne à qui en parler… et donc je n’ai rien dit, à personne. Là, je suis encore assise sur la cuvette des chiottes de la fac avec le fameux bâtonnet devant les yeux. Les pensées vont vite, les images défilent, le corps lui, est tétanisé. Bon cocotte, va falloir passer à l’action là. Car oui, je n’ai jamais hésité et je ne me suis jamais posée la question quant à l’issue possible de « la chose ». Pour moi, c’était simplement impensable et impossible d’avoir un enfant à 19 ans avec un garçon que je connaissais depuis 1 mois !

D’ailleurs, bah oui, tiens, et le garçon? ou dois-je dire le « père »? Je suis toujours dans les toilettes. Il est chez ses parents en Normandie. Je vais dehors, je sors mon portable, je m’allume une clope. Coup de poing olfactif. Haut le cœur. « Yüüüüürk, c’est dégueulasse, écrase-moi cette chose que je ne saurai sentir ». Je l’écrase. Je l’appelle. Je tremble. Il répond. Je ne dis même pas bonjour. J’éructe un maladroit et brutal « je crois que je suis enceinte ». Gros silence, puis « Et… ». Ma première pensée (intérieure): t’as vraiment pas de couille mon pauvre, même pas capable d’énoncer les deux possibilités qui se présentent à nous tellement tu as peur. Je réponds: « et… il va falloir faire ce qu’il faut ». Et oui: moi non plus je n’avais pas les « couilles » de le dire à voix haute, bien fait: telle est prise qui croyait prendre! Réponse : « ok ». Moi : « … ». Pensées intérieures: OK ?! C’est tout ? C’est quoi ça ?! Espèce de gros connard de merde !! Euh… tu ne comptes pas revenir en courant à Paris pour… je ne sais pas moi: être avec moi, m’accompagner, me soutenir, même silencieusement. Gros naze. J’hallucine, et en plus tu es prêt à raccrocher, là maintenant, comme ça. Moi je vais bien à part ça, merci d’avoir demandé. Évidemment, je n’ai rien dit de tout ça à voix haute. J’ai encaissé. J’ai assumé. Seule… comme une grande, que je n’étais pas, bien entendu.

Bon, à partir de là tout s’est enchainée en mode « freestyle j’accumule la malchance ». Mon gynéco – qui a confirmé la grossesse 5 minutes auparavant avec un euphorique « ah oui! ça, vous êtes bien enceinte! je dirais même d’environ 5/6 semaines » – me parle maintenant comme si j’étais une menteuse inconsciente, car je lui ai dit que je souhaiter avorter. Il m’explique qu’à partir de là il ne peut rien faire de plus pour moi et que je dois contacter un hôpital ou une clinique. Merci. Au revoir.

Que faire, dans quel ordre, qui, quoi, où? À l’ère de l’hyper-information, de l’Internet, des associations de soutien en tout genre, etc. on pourrait croire que tout est accessible. Pourtant, je dois déplorer qu’à l’époque, complétement pétrifiée et choquée, je n’ai pas réussi à trouver un havre qui m’aurait accueillie, guidée et conseillée. En grande partie de ma faute, c’est vrai. Naïveté? Inconscience? Dramatisation adolescente? Manque de débrouillardise? Je ne sais pas, surement un peu de tout. Finalement, ça sera les Pages jaunes. Requête: « hôpital – service obstétrique – le plus proche ». J’appelle. L’appel le plus sympa que j’ai eu à faire de ma vie. Rendez-vous est pris pour dans 3 jours avec M. Obstétrique, M. Échographie et Mme Psychologie (c’est la loi). Ok.

Le jour J. J’attends 2h (ça commence bien). Réception glaciale, du personnel administratif aux médecins. Pas un regard, et surtout, surtout, pas de compassion. Il me pose les questions de son formulaire, coche des cases, ne commente rien. J’atterris ensuite chez M. Échographie, pas un mot. Bbrrrr, ce gel est froid… essuyez-vous. Il sort. Ok. Je passe ensuite dans le bureau de Mme Psychologie: « il faut établir votre profil psychologique afin d’évaluer votre capacité à prendre une telle décision en conscience des conséquences lourdes qu’elle peut avoir ». Autre série de questions, autres cases cochées. Verdict: je pense que vous réalisez ce que vous vous apprêtez à faire, j’autorise donc la procédure. La loi nous obligeant à vous donner un délai de réflexion d’une semaine… je vous revois mercredi prochain. Je suis ravie d’apprendre qu’en plus de ça, j’en ai encore au moins pour 10 jours à « être enceinte ». De manière très naïve, je ne m’étais même pas vraiment imaginée les détails précis, et pourtant: ça parait évident que ça ne se fait pas par l’opération du saint esprit, pas comme ce qui m’a mis dans cet « état ». Je vais bien. Tout va bien. Je suis au top.

Retour devant M. Obstétrique, il a mon dossier dans la main, le lis silencieusement pendant ce qui me semble être de très longues minutes. Un ange passe. J’espère que c’est lui qui viendra chercher et accompagner mon bébé dans la lumière. J’arrive à lire à l’envers une des cases « mono-embryonnaire ». PAF. Et si ça avait été des jumeaux? Est-ce que cela aurait changé quelque chose? Bizarrement, je crois que oui, mais pourquoi : c’est « plus pire »? moins supportable? Aucune idée…

Ah, le monsieur me parle maintenant, tout en griffonnant dans mon dossier. Comme personne ne m’explique rien, je commence à délirer intérieurement: qu’est-ce qu’il peut bien écrire (la liste de courses que Monique lui a demandé de faire avant de rentrer ce soir)? fait-il des mots croisés (H9: destination exotique en 7 lettres)? un gribouillage (ceux qu’on fait machinalement quand on parle au téléphone)… Il commence à m’expliquer, lascivement, qu’il existe 2 méthodes d’interruption volontaire de grossesse. Aaaaah, là tu m’intéresses, vas-y: développe, explique, cause (je t’autorise à gribouiller en même temps). Soit je prends des médicaments qui provoqueront une fausse couche, soit je passe sur le billard pour une « aspiration ». C’est la même chose. La première est plus douloureuse que la deuxième, mais plus naturelle, avec une possibilité d’échec certes, mais faible sur des sujets jeunes comme vous. Vous préférez quoi ? On dirait un caissier de McDo : « bon, mademoiselle, ça sera le menu 1 ou le menu 2? Avec ou sans frites? » (à prononcer à voix haute à la Élie Kakou). Est-ce que j’ai le droit de dire un WetMcChicken ? Nan hein? Ça ferait mauvais genre quand même, et je ne pense pas qu’il capterait le jeu de mot consistant à insister sur le fait que j’ai les chocottes, grave de chez grave. Je poule-mouille dans ma culotte.

Mon approche d’écriture humoristique-caustique-sarcastique n’enlève rien au fait que je ne prends pas du tout l’avortement comme une intervention, un choix ou une action à la légère, bien au contraire. C’est ce qui explique que j’aie choisis l’option no. 1. J’ai estimé qu’une « simple » opération était un peu trop « facile » (je m’endors, je me réveille, et hop là on n’en parle plus, comme par magie). J’ai donc préféré l’option « naturelle » qui me permettrait de sentir mon corps et par-là même de participer activement au processus de deuil. Donc, mercredi prochain, je reviens ici, je revois Mme Psychologie, et si je décide de procéder à l’intervention, ils me donneront les 2 premières pilules. Ensuite je devrai revenir le vendredi pour prendre la pilule « active » et rester sous surveillance environ une 1/2 journée.

Mercredi. Je passe, je parle, je décide, je prends les 2 pilules, je rentre chez moi.

Jeudi. Je ne me sens pas très bien. J’ai des poussées de tachycardie. J’ai peur. Et si quelque chose clochait. Ma mère est dans le salon… Si elle savait. Ma sœur est au téléphone… Insouciante adolescente. Je suis aux toilettes (décidément… on y revient souvent à ces fameux WC)… victime d’une hémorragie assez colossale. Grosse flippe. MAMAN. Pas le choix, là je dois lui dire, et on doit aller dare-dare à l’hôpital. Je lui vomis la nouvelle en 4 mots, elle encaisse, elle assure, je ne suis plus seule, malgré l’angoisse, quel soulagement ! Finalement plus de peur que de mal, rien d’anormal. Je suis renvoyée chez moi à 2h du mat’ et dois être de retour à 8h. Mais cette fois, je dors bien pour la première fois depuis 15 jours: car demain matin, ma maman m’accompagne. Je ne suis plus seule.

Vendredi. J’ai pris la dernière pilule, maintenant il fait attendre le déclenchement de fausse couche. On est dans la chambre, ma mère me fait rire avec des blagounettes, mais surtout: elle me tient la main. Je passe les détails de ce qui a suivi, un peu trop gore et hardcore à mon gout. Résumons simplement en disant qu’en effet, je l’ai bien senti et vécu à fond. Et surtout: je ne regrette absolument pas d’avoir choisi de le faire par cette méthode. Par rapport à ma personnalité, c’est ce qui m’a permis de faire les choses bien, d’entamer mon deuil de manière positive et constructive, et de l’avoir accompagné -à ma manière- ce p’ti bonhomme.

Bon, la suite de l’histoire -car l’aventure hospitalière ne s’est pas arrêtée là- est que j’ai gagné 2 avortements en 1… c’était pas Noël, mais apparemment c’était ma fête! L’échographie de contrôle a montré que je devais quand même subir une aspiration car l’avortement n’était pas finalisé, donc pour éviter tout risque de septicémie. Vous deviez bien le savoir mademoiselle, le taux d’échec de cette méthode est de l’ordre de 30%. Ah oui, 30% quand même? Ah si seulement j’avais pensé à demander le chiffre exact correspondant à l’expression « faible taux d’échec » (ou si on m’avait mieux informée…), j’aurais peut-être pondérée ma décision différemment… Donc bon, 6 jours après, rebelote-pelote. Anesthésie générale, opération, salle de réveil. DOULEUR. La putain de sa maman (pardon). DOULEUR.

Bon, je passerai aussi sur le fait qu’ils ont laissé partir ma mère ce matin-là sans nous dire que je ne serai pas autorisée à quitter l’hôpital seule en taxi le soir. Je me suis donc retrouvée, dans la salle des urgences, groggy comme pas deux, à devoir décider à quel ami j’allais passer un coup de fil sympathique et surprenant. « Salut (ton le plus enjoué possible), dis-moi, je t’expliquerai, mais: tu peux venir me chercher à l’hôpital là tout de suite? Non, rien de « grave », ne t’en fais pas. Tu peux? Super, merci, je t’attends ici, merci, mille fois merci, je t’expliquerai oui, encore merci ».

Quoi qu’il en soit, voici les détails qui constituent mon témoignage concernant mon avortement. « Suis-je une mère? » … « Ai-je bien fait mon deuil? » … « Pourrais-je encore avoir des enfants? » … « Blablablu blabli ». À partir du moment où on veut aller bien, alors on va bien. Point barre. Au-delà des détails « techniques » traumatisants de mon avortement, je n’ai jamais eu aucun trouble du sommeil par la suite, ni aucun souci d’étique, ou de problème envers ma moralité ni mes valeurs. Par la suite, j’ai finalisé mon deuil de cette âme qui a voulu s’incarner et arriver sur Terre un peu trop tôt en faisant notamment un enterrement symbolique. Je l’ai également prénommé. Il s’appelle Erwann, il fait partie de moi pour toujours, et aujourd’hui il aurait bientôt 11 ans. Je suis une femme stable et équilibrée, j’ai subi un avortement, et je le vis bien.

Pourquoi raconter mon expérience, et ce, à visage découvert qui plus est? Je dois l’avouer, j’ai d’abord commencé à écrire sous mon pseudo et sans mettre de lien vers mon blog. Puis je me suis ravisée, car après avoir signé l’appel d’un « Miss K. » anonyme, je m’en suis immédiatement voulue de ressentir encore le besoin de « m’en cacher », j’ai de nouveau ressenti de la honte et de la culpabilité, comme si j’étais sale, pas présentable. Or, cette démarche (individuelle autant que collective) cherche justement à déconstruire ce mythe de la honte, de la culpabilité, du silence, du poids et des tabous entourant encore en 2011 l’avortement.

J’avais donc commencé à (d)écrire mon expérience par envie et besoin de catharsis thérapeutique, je ne pensais même pas forcement le mettre en ligne. Au fur et à mesure mon geste est devenu un peu plus engagé, voire même très engagé. Je souhaite appuyer la démarche initiée par les filles des 343. Je vais donc publier mon témoignage ici même, le publier sur mon blog avec un lien renvoyant sur ce site, et je publierai le lien sur mes réseaux sociaux. Ce n’est qu’un modeste apport, certes, mais j’y tiens, car si tout le monde se disait « ce n’est pas assez alors pourquoi le faire? », alors on n’arriverait jamais à aucun résultat, changement ou évolution dans nos sociétés.

Par contre, et au risque d’en choquer certaines, je ne souhaite pas associer mon engagement à du militantisme féministe. Sans forcément pouvoir expliquer pourquoi, cela me dérange. Peut-être que c’est parce que de mon point de vue, l’avortement est un acte intrinsèquement à la condition « d’être femme » (un homme, par définition, n’avorte pas). Il va donc au-delà de la lutte des genres en ce qu’il touche de manière complexe et intriquée à de nombreux domaines : reproduction des espèces, médecine, sciences, religions, étique, psychologie, politique, biogénétique, etc. Quoi qu’il en soit, je souhaite que mon témoignage vienne soutenir les rang d’une voix sourde qui souhaite provoquer une évolution psycho-sociétale. Avoir une grande gueule et s’exprimer librement : oui. Se battre pour une cause qui nous tient à cœur : oui.

Mon histoire est banale, nous sommes beaucoup à l’avoir vécue, et d’autres viendront également; mais nous sommes également toutes uniques et spéciales, et il est bon de se le rappeler. Alors aujourd’hui, c’est décidé: plutôt que de vivre cachée et en dissimulant ce « passé » qu’on n’est supposées ne dévoiler qu’avec une certaine gêne et strictement dans notre sphère intime, je le dis haut et fort: J’AI AVORTÉ DANS LES ANNÉES 2000 ET JE VAIS BIEN ! »

:: Témoignage publié dans le cadre de l’appel « IVG, je vais bien, merci! » lancé par « les filles des 343 salopes » ::
:: Lire l’Appel -> « IVG, je vais bien, merci ! » ::
:: Accéder au Blog -> « Les filles des 343 salopes » ::
:: Lire le Manifeste du 5 Avril 1971 -> « Le Manifeste des 343 » ::

Blogging… Tentative No. 3

Chères lectrices, chers lecteurs,

Cela fait maintenant plusieurs années que j’écris, toute seule dans mon coin, quand l’envie m’en prends, et que j’accumule des pages et des pages [et des pages] de lettres électroniques en mode binaire, en minuscules et en majuscules, en noir et en blanc, en format Word. Pas de quoi saturer mon disque dur non plus [ouf !], mais je pense qu’il est temps de sauter le pas et de « publier » [au moins électroniquement pour commencer…] quelques uns de ces textes. Ne dit-on pas : « jamais 2 sans 3 », je n’allais quand même pas faire entorse à la règle ! Sommes toutes, je suis quelqu’un d’assez docile…

Et je vais commencer ici et maintenant [hic et nunc] avec une confession assez intime, sortie tout droit d’un constat difficile et long à établir, mais également dur à accepter, et qui m’aura valu « quelques » [ironie latente] séances de thérapie, hehehe. Roulement de tambours… Mon problème principal est le suivant: je commence à écrire, j’ai des idées, j’écris facilement (et beaucoup!), mais… je ne vais jamais jusqu’au bout des choses… je ne fignole pas, je ne relis pas, je ne corrige pas, je ne termine pas le texte, je ne le rends pas « publiable »… Sounds familiar ?! ;)

Aujourd’hui je pense avoir compris d’où cela venait (oui oui, j’ai bien utilisé l’imparfait), et force m’est de constater qu’il s’agit en fait plutôt d’un symptôme que d’un problème. Mais un symptôme qui fait autant de ravage qu’un tsunami enragé ! Et cet océan de marées [hautes et basses] est situé à la croisée de plusieurs confluents ravageurs.

Tout d’abord, il y a l’arrivée abondante et naufrageuse du fleuve « égo« . Apriori pas trop surdimensionné, quoique… ou tout du moins mal placé, ça c’est certain. Il hésite, il rechigne, il recule… Peur de réussir ou goût de l’échec ? Peur d’affronter son lectorat en faisant face à un miroir aux milles reflets : de lueurs acerbes en éclats irisés. Par peur de croiser la seule gorgone qui soit mortelle, il s’auto-pétrifie, détruisant alors sa seule chance d’en ressortir vivant et triomphant. Alors que comme Persée, il pourrait ensuite offrir sa tête de Méduse pour renforcer le bouclier d’Athéna et ainsi devenir plus fort, plus puissant, plus apte à se défendre. Difficile de surmonter cette peur de se voir dans le miroir d’une eau qu’on aime limpide, calme et rassurante. Ce sont pourtant dans les remous qu’on trouve l’écume précieuse de la Vie telle qu’elle vaut la peine d’être vécue…

Vient ensuite la déferlante et la chavirante « perfectionite aiguë« . Celle-là même qui nous pousse à l’éternelle insatisfaction, à la perpétuelle procrastination. Cette tendance fâcheuse nous fait rentrer dans un cercle vicieux, tel un tourbillon de mer qui appâte notre navire et nous emporte au milieu de son œil où règnent le nul, le rien, le néant.

Enfin, la bouleversante et fracassante falaise de « l’obsessivite compulsive » se présente face à nous, tel l’ultime obstacle à dépasser pour avoir pied et toucher terre… Cette terre sacrée où des millions de personnes vivent déjà en paix et dans le respect des uns et des autres, s’autorisant leurs présences mutuelles. Et oui, la blogosphère et le monde de la littérature sont finalement accessibles à tous, ce qu’il en advient ensuite est un autre sujet.

Pour tout vous dire, mon blocage allait même au-delà de la capacité à publier ses textes en ligne… je n’ai jamais officiellement déposé mon mémoire à l’Université de Montréal… Mais shhhh, un jour je le ferai, promis, mais si, comme mon blog, que je vais maintenant rendre public, alimenter et mettre à jour régulièrement… je dis ca, je dis rien…

Tout cela pour dire que j’ai donc en ma possession une cinquantaine de simili-textes inachevés… Et environ 2/3 nouvelles idées/inspirations par jour… ET DONC : aujourd’hui c’est décidé, et je m’engage envers moi-même, mais également auprès de vous : je passe outre tous mes blocages, et enfin, ENFIN, j’écris et je me fais lire, sans attentes, sans peur, sans obsession, sans remettre au lendemain, sans froufrou, sans fioriture, éventuellement sans relire aussi [personne n’est parfait] ! Donc, fini les fausses excuses : le manque de temps, la surcharge de travail, la fatigue, les décalages horaires, les gueules de bois, les évènements et les soirées à organiser, les séances de bronzage à la piscine du toit à Dubai, les excursions à New York en mode dernière minute, les courbatures, les week-end à Beirut, les aventures rocambolesques sur le Dakar en Argentine, les escapades-ski à Mont-Tremblant, les euphories, les dépressions, les désillusions amoureuses, les blind date à Montréal, les speed date, les sites de rencontres, les plans foireux, les bonnes surprises, les naissances, les décès, les mariages, les invitations à torts et à travers, les amis qu’il faut consoler, la famille qu’il faut soutenir, les amants qu’il faut combler, les amants qu’il faut virer, les amants qu’il faut oublier, les séances cocooning en mode méditation-zen, les DVD sous la couette avec sa sœur, les séances shopping avec les copines, les barres de rire, les voyages d’affaire, l’addiction à Facebook, Twitter, Foursquare & Co., les cours de Zumba and so on… Attention, ne vous méprenez pas : je continuerai à faire tout cela ET à écrire ! Et oui, c’est bien de la Vie et des Expériences que l’on tire les plus beaux élans d’inspiration ;)

Sur ce, je m’en vais vaquer à mes occupations…

À bientôt !!

C.

:: 17th April 2011 ::
:: Paris, France ::

Blogging… Tentative No. 2

MangAvatar

Dear Readers,

I have been wanting to write about stuff for as long as I can remember, but I actually never took the time to write anything about… anything! For someone who claims she wants to become a writer… I guess it’s really not serious at all, and even overrated!

So here I am! At the very beginning of the year 2010, willing to take my keypad and to write to my computer (and to you) about my thoughts, my experiences, my laughs, my cries, my images, my people, my travels, my questions… In other words: ready to talk to the World.

I guess it’s a pretty self-centered activity, even maybe too egocentric ?! But what the hell?! It’s not meant only for me; it is also aiming at sharing something with you… You: my dear… dear…. dear Friends from all around the Globe.

I’m hoping you’ll take it as it is: a mix-up of writings, lyrics, poems, thoughts, notes and posts from a 28 years-old French-Argentinean woman who travels and move around  quite a lot (too much?!); currently living in Dubai (United Arab Emirates) after being a Montreal (QC, Canada) resident for almost 5 years; and who is trying to take it all in, without losing everything she has already done, seen, touched, been blessed with and so on…

Some might think it’s a Diary, some might think it’s useless, some others might also laugh and smile with my words… In any case, your comments are welcome, since -even though it doesn’t look like it- I’d rather have a dialog than a monologue !!

Hopefully I will succeed in posting and updating pretty often, at least regularly, but if I do it the same way as I do with going to the gym… maybe you’ll read something new from me around…  January 2011 !!

Anyway, let me welcome you with a warm hug and a big smile: welcome to my « Mozaik Diaries » :)

Have Fun, Enjoy & Keep Smiling !!

C.

:: 26th January 2010 ::
:: Dubai, United Arab Emirates ::