Insomniaque au clair de lune

3h du matin. 3°C dehors. Les yeux grands ouverts, je contemple mon plafond blanc illuminé par les lampadaires de la rue et les phares des voitures qui circulent déjà. Ou encore, d’ailleurs, je ne sais pas. Une boule de poils blanche non identifiée, vulgairement et affectueusement appelée Hobby One Kenobi, a profité de mes précédents ronflements pour s’incruster sur ma couette. Maintenant, c’est elle qui ronfle. Mon réveil sonne dans 3h. J’ai un projet recherche à rendre d’ici vendredi midi. L’enjeu ? Pouvoir continuer une maîtrise commencée il y 13 ans. L’enjeu ? Pouvoir renouveler mon visa étudiant. L’enjeu ? Pouvoir rester vivre au Canada. Vraiment, je me demande pourquoi je fais une énième insomnie. Accélération de mon cœur. Sourire narquois. Retournage d’oreiller pour se rafraîchir les idées.

Force est de constater que l’insomnie ne me quittera pas cette nuit. Premier réflexe : lire. Sait-on jamais, ça pourrait embrumer mon cerveau, ralentir mon mental, voire soporifier mes neurones. Réalité du geste : allumer mon téléphone et me balader sur Facebook et Twitter pour voir quels sont les sujets d’actualité du moment. Résultats : je viens d’en prendre pour 15 jours d’insomnies supplémentaires. En 60 minutes, j’ai vu une dizaine de vidéos courtes, lu une quinzaine d’articles et parcouru une centaine de commentaires. Revue de presse 2.0. nocturne.

Le premier ministre du Canada a vu Star Wars lors d’une projection privée avec des enfants malades ET il a déclaré que la politique de l’insécurité et de la peur nous divisait et qu’il était contre ET il a officiellement demandé pardon aux peuples autochtones au nom de l’État Fédéral ET il veut en toucher deux mots au Pape ET il a taclé Trump dans une interview. Tout ça en un jour. Et en plus il fait du yoga.

Michael Moore pose devant une Trump Tower avec une pancarte « We Are All Muslim » et envoie une lettre ouverte à Donald en tentant de lancer le mouvement ‪#‎WeAreAllMuslim‬ sur les internets. Comprendre : nous sommes tous des êtres humains. Puis je lis les commentaires. Et là j’ai envie de vomir. Et surtout je réalise qu’il y a vraiment des chances qu’il soit élu, le blondinet à perruque et à tête d’alcoolique colérique magna des affaires. Mais qui va lui signifier pour de vrai : you’re fired ?

Le Doodle Google du jour, qui célèbre les 245 ans de Ludwig van Beethoven, est awesome.

Dernier scandale féministe (pro ou anti, je ne suis plus certaine…) en France 2.0 : la dernière vidéo de Solange te Parle, concernant la féminité. D’un côté : la société est pleine d’injonctions sexistes dont il faut se libérer pour lutter contre l’oppression patriarcale que nous subissons au quotidien quand on veut nous épiler et nous faire mettre du rouge à lèvres et des talons hauts (ce qui correspond, donc, aux diktats de la société de ce qu’est la féminité). De l’autre : on peut être féminine aussi bien en talons ou les jambes pas épilées ET être une féministe féminine libérée et victorieuse. Mais dire ça c’est un discours d’inclusion universelle, et ÇA, c’est anti-féministe. Je la fais courte et pleine d’ironie ? Oui, un peu.

C’est bientôt Noël. La preuve ? Les multiples photos de sapins décorés, de calendriers de l’avent, d’enfants sur les genoux du Père Noël et de fêtes de bureaux enflammées.

La planète entière, comprendre : mes amis FB (comment ça on récolte les amis qu’on a semés ?! et comment ça mon fil d’actualité est forcément orienté ?! Tss tss), 1) a déjà vu (mais ne dévoile aucun spoiler, c’était juste GÉNIAL), 2) va voir aujourd’hui (et montre la preuve à coup de photo des billets) ou 3) va voir demain (mais n’en dit rien, c’est trop hasbeen de ne pas avoir été VIP en avant-première), le dernier épisode de Star Wars. Mais surtout : tous ceux qui ont rajouté un sabre laser à leur photo de profil sont des insensibles qui passe du drapeau français en hommage aux victimes des attentats à un vulgaire symbole geek en hommage à… À quoi au fait ? Je ne sais plus, je me suis perdue dans la critique de la critique de la critique du point de vue du critique ayant critiqué le premier con ayant émis un avis. Par contre, je n’ai encore lu aucune critique cinématographique de ce film. Incroyable.

Tout le monde y va de sa rétrospective de l’année sur Facebook. Sait-on jamais, si on avait oublié les évènements marquants déjà republiés tout au long de l’année. Merci Facebook, bientôt mémoire universelle de l’humanité. Oh wait.

Au milieu de tout cela, énièmes témoignages, prises de positions et initiatives d’entrepreneurs français. D’un côté, les vilains affreux ayant quitté la mère patrie à la recherche de cultures plus propice à la création d’entreprise – encore blessés d’avoir été honteusement pris à partis par « l’Appel de Simoncini » (du 15 novembre) au lendemain des attentats (bandes d’antipatriotes impurs) – et qui témoignent d’un énième élan patriotique entrepreneurial échoué en faisant le constat qu’une bonne idée ne suffit pas à faire réfléchir et bouger les statuts et positions acquises par l’Administration, l’État, les Journalistes, les Politiques, les *ajouter ce que vous voulez*. De l’autre, des entrepreneurs (de l’économie sociale du partage, notamment) encore en France et cherchant encore des solutions ‪#‎madeinfrance‬ pour lutter contre l’inégalité flagrante de traitement et d’imposition du gouvernement et des entreprises publiques envers des initiatives venues de l’étranger. Jusque là, « tout va bien ». Puis je lis les commentaires. Et là j’ai envie de me tirer une balle. Littéralement.

Et sinon il y a toujours plein de naissance, plein d’annonces de grossesse, plein de mariages, plein de déménagements, et surtout -et heureusement- plein d’animaux pris en flagrant délit de mignoncitude.

Bref, il est 5h. Mon réveil sonne dans 1h. Autant vous dire qu’au moins, je ne pense plus à mon visa d’étudiante au Canada. Non. Maintenant je pense plutôt au biais obligatoire que j’ai dans mon suivi de l’actualité et dans mes lectures via les réseaux sociaux.
Puis ensuite je me rappelle que les médias eux-mêmes sont biaisés et manque cruellement de neutralité. Puis je me demande à qui on peut faire confiance maintenant. Puis je me mets à rêver d’un grotte isolée et déconnectée. Puis je me rappelle que la différence de traitement médiatique en fonction des événements, de leur provenance ou de la couleur des gens qui meurent est effroyablement injuste. Puis je me rappelle que moi-même je participe à ça. Puis je me demande comment je pourrais parler de tout le monde, tout le temps, partout, sans biais, sans jugement, sans oubli. Puis je maugrée contre l’infobésité. Puis j’ai le vertige. Puis je me rappelle que la dernière fois que j’ai voulu participé à un débat sur le traitement médiatique orienté vers la mise en avant d’un homme blanc lors d’un événement marquant de l’histoire de la révolution noire, on m’a dit que je n’avais pas le droit, puisque pas noire. Puis je me demande à moi-même avec perplexité : alors on ne peut plus parler de rien, sur rien, ni avec personne, si on n’est pas directement concerné par le sujet ? Pourtant tout le monde prend la parole à tort et à travers, alors pourquoi pas moi ? Puis je me dis que oui, la liberté d’expression est maître. Puis je me rappelle de ce qu’elle peut coûter. Puis je ris de moi et mon quotidien privilégié. Puis j’ai honte de prendre la parole du coup. Puis je commence à sentir l’angoisse monter. Puis j’essaie de me calmer. Puis je pense enfin à la condition d’être vivant sur une planète Terre si belle naturellement, mais géopolitiquement parlant si laide. Et là j’ai comme des envies de voyager au-delà des frontières terrestres. L’herbe est-elle plus verte sur Vénus ? L’Homme est-il moins violent avec lui-même sur Mars ? Les plutoniens jugent-ils les jupitériens en fonction de leur degré de plutonium dans le sang ?

Décidément, ma schizophrénie géographique, mes délires imaginaires et ma suractivité mentale, ce n’est pas demain que je les soignerai. Ni ce soir d’ailleurs. De toute manière ce soir je ne peux pas, ce soir j’ai insomnie.

Citation

Le jour où je me suis aimé…

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai compris qu’en toutes circonstances,
J’étais à la bonne place, au bon moment.
Et alors, j’ai pu me relaxer.
Aujourd’hui je sais que cela s’appelle…
L’Estime de soi.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle n’étaient rien d’autre qu’un signal lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.
Aujourd’hui je sais que cela s’appelle…
L’Authenticité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai cessé de vouloir une vie différente et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive contribue à ma croissance personnelle.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle…
La Maturité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai commencé à percevoir l’abus dans le fait de forcer une situation ou une personne, dans le seul but d’obtenir ce que je veux, sachant très bien que ni la personne ni moi-même ne sommes prêts et que ce n’est pas le moment.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle…
Le Respect.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai commencé à me libérer de tout ce qui n’était pas salutaire, personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie.
Au début, ma raison appelait cela de l’égoïsme.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle…
L’Amour propre.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai cessé d’avoir peur du temps libre
Et j’ai arrêté de faire de grands plans, j’ai abandonné les méga-projets du futur.
Aujourd’hui, je fais ce qui est correct, ce que j’aime quand cela me plaît et à mon rythme.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle…
La Simplicité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai cessé de chercher à avoir toujours raison,
Et je me suis rendu compte de toutes les fois où je me suis trompé.
Aujourd’hui, j’ai découvert…
L’Humilité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai cessé de revivre le passé et de me préoccuper de l’avenir.
Aujourd’hui, je vis au présent, là où toute la vie se passe.
Aujourd’hui, je vis une seule journée à la fois et cela s’appelle…
La Plénitude.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir.
Mais si je la mets au service de mon cœur, elle devient une alliée très précieuse !
Tout ceci, c’est…
Le Savoir vivre.

Nous ne devons pas avoir peur de nous confronter.
Du chaos naissent les étoiles.


Extrait du livre écrit par Kim McMillen (Colorado, USA) « When I Loved Myself Enough« , publié par sa fille, Alison McMillen en 2001.

Message de Service

Pour celles et ceux qui ont encore un peu d’énergie pour lire une énième réaction aux évènements de cette semaine…

Et sinon : quand est-ce qu’on arrête d’être hypocritement hyper-sensible, hyper-susceptible et hyper-réactif à la moindre info ou déclaration publique ? Et surtout, quand est-ce qu’on arrête d’être incohérents ? Cela fait plusieurs jours que je bouillonne, au-delà du choc, de la tristesse, de la colère, de la peur (et de toutes autres émotions et sentiments liés directement aux évènements survenus en France depuis mercredi matin).

Dans ma définition personnelle, se clamer « Charlie » signifie d’abord et avant tout : « je suis un être humain et je suis pour la liberté d’expression, coûte que coûte et quel que soit le message exprimé ou la forme qu’il prend ». Pour en rajouter une couche, j’aurais même tendance à penser qu’un Charlie (version activiste) se battrait publiquement, quitte à prendre des risques, pour défendre ce droit fondamental de l’humanité. Cela s’appelle une opinion, un engagement, voire même un combat, non ? Apriori, l’Histoire nous montre que le monde est fait d’êtres humains qui ont une opinion (ou pas), qui s’engagent (ou pas) et qui combattent (ou pas).

Il n’y a pas qu’une seule définition de #JeSuisCharlie, et c’est tant mieux, au moins comme ça chacun peut mettre ce qu’il veut dedans, en fonction de ce qu’il souhaite apporter au monde, à son niveau et à sa mesure. Et c’est parfait ainsi. Mais justement, est-ce que chacun pourrait faire une pause et prendre du recul par rapport à son vécu émotionnel et instinctif ? Pour quoi faire ? Et bien pour réfléchir à ce que cela signifie pour soi, dans sa vie quotidienne et à partir d’aujourd’hui, de vivre dans ce monde, aujourd’hui, au milieu de toutes ces divergences et différences d’opinions, d’engagements et de combats ?

Oui, il y a eu de beaux élans humanistes, populaires, politiques, magnifiques, magiques, intenses, avec des licornes et des arc-en-ciel dedans, et que c’est bon, et que ça sent l’amour et la liberté. C’est top ! Mais à quoi bon si demain tout recommence, et si personne ne se pose des questions par rapport à soi-même dans un premier temps. Après tout, c’est plutôt sympa d’imaginer un monde où chacun apprend et évolue, dans le sens qu’il veut et au rythme qu’il veut, non ?

Quelles questions se poser ? Je n’en sais rien, chacun fait comme il le souhaite, mais moi je commencerai au hasard par : c’est quoi la liberté d’expression ? pourquoi est-ce un droit fondamental (ou pas) ? est-ce que je suis pour ? est-ce que je veux le défendre ? si oui, jusqu’à quel point et de quelle(s) manière(s) ? si c’est mon choix, comment puis-je devenir dans mes gestes du quotidien une graine de Charlie ? est-ce un combat que je veux mener ou bien je préfère ne pas m’engager (et j’en ai le droit) ou encore m’engager pour d’autres causes (et j’en ai le droit) telles que : les animaux, la planète, les enfants-travailleurs, les réfugiés de guerre, les sans domiciles fixes, le trafic d’êtres humains, la déforestation, un parti politique, une religion, etc.

De mon point de vue, il n’y a pas de sot combat, ni de combat qui soit trop petit ni trop grand. De mon point de vue, chacun fait comme il le peut, au moment où il le peut. De mon point de vue, on a autant le droit de s’engager que de ne pas s’engager du tout, en acceptant qu’il existe tout un spectre de couleurs entre ces deux positions extrêmes du tout ou du rien. De mon point de vue, on a le droit de choisir ses combats, de les assumer et de les promouvoir. De mon point de vue, on a le droit de tout, si on donne aux autres le droit à tout. Mais ça, c’est une position difficile à tenir 100% du temps, on peut se l’accorder. On s’est tous déjà retrouvés face à un discours, un évènement ou une opinion qui nous choquent, qui nous gênent ou qui nous touchent au plus profond de notre être, et surtout avec lesquels nous ne sommes pas d’accord. Mais que faire alors ? L’interdire ? Partir ? Tuer son auteur ? Ne rien dire ? Débattre ? Combattre ? Bref, je m’éloigne de mon propos.

Au minimum, si on se déclare « défenseur de la liberté d’expression », alors arrêtons de nous offusquer du moindre blabla qui serait en dehors de notre propre vision de ce qui est bien ou mal dans une approche purement dichotomique de la vie. Ou bien, ne nous déclarons pas défenseur de ce droit, et là oui : lâchons-vous avec ferveur, véhémence et violence envers les déclarations que les Dieudonné, les Le Pen & Co., les Bedos de ce monde, parce qu’ils n’auraient pas le droit de dire ce qu’ils souhaitent dire.

Si vous pensez sincèrement que les caricaturistes de Charlie Hebdo avaient le droit fondamental de dessiner ce qu’ils dessinaient, sans devoir mourir pour cela, alors à partir d’aujourd’hui vous devriez participer à la création d’un nouvel espace public où règne le droit infini et inaliénable à la liberté d’expression. Ne vous en déplaise si toutes les déclarations médiatiques n’entrent pas dans votre propre carte du monde, voire vous mettent en colère ou vous paraissent abjectes.

Mais au lieu de s’observer soi-même, de se positionner soi-même, de se poser des questions à soi-même, quitte à en parler ou en débattre publiquement ou pas (de mon point de vue, on a le droit aussi à avoir des opinions privées sur lesquelles on refuse de communiquer), il est devenu bien plus facile d’être bien pensant à jugeant, critiquant et montrant du doigt les autres. Quelque part, je me dis que si l’on devenait chacun son propre prophète, déjà on apprendrait à mieux s’assumer soi-même, à plus s’aimer soi-même, et ainsi devenir plus bienveillant, tolérant et aimant également envers les autres.

J’ai beaucoup hésité à écrire quelque chose. Parce que je sais que le sujet est sensible, et pourrait être mal interprété. Car oui, depuis mercredi, on est #JeSuisCharlie ou on est #JeNeSuisPasCharlie, et le combat entre les deux fait rage. Pas d’entre deux, pas de possibilité d’émettre une opinion qui n’irait pas dans le sens des bisounours, de l’accueil inconditionnel de l’autre et de l’amour universel. Là, vous la voyez l’incongruence qui me fait bouillonner ? Tu parles d’une pression sociale société qui autorise la liberté de penser et de s’exprimer !

Cette approche manichéenne, où ne coexistent que the bien et the mal est justement celle sur laquelle se basent les principales religions, à grand renfort de paradis et d’enfer, de dieux et de diable, de pour ou de contre, de croyant ou de non croyant, de péché ou de vertu, etc. Créant des valeurs supposément universelles, mais surtout que l’on ne doit ô grand jamais remettre en question. De mon point de vue, l’humanité gagnerait à devenir plus nuancée, mais surtout à accepter que chacun est libre de ses choix, de ses déclarations, de ses combats.

J’ai également hésité à écrire quelque chose parce que chacun y était déjà allé de sa participation et que je n’avais pas forcément envie de participer. Puis je me suis rappelée de ce que j’avais justement envie de transmettre comme message : j’ai le droit de dire ce que je veux (je suis moi), et vous avez le droit de réagir comme vous le voulez (tu es toi), et surtout : chacun a le droit de continuer à vivre sa vie comme il l’entend, quitte à continuer à être incongruent et heureux ;) En conclusion : faites comme bon vous semble, si possible en étant conscient de vos choix, de vos opinions et de vos combats. De mon point de vue, et même si c’est à plus ou moins grande échelle, nous impactons toutes et tous le monde dans lequel nous vivons, au travers de notre existence et que nous soyons vivants.. ou morts.

#Merci #Bisous

En passant

Das Deutsch Spa

En 2011, quand j’étais encore cadre sup’ et que j’avais encore les moyens, je décide de passer un week-end à Hambourg pour rendre visite à une amie d’enfance expatriée. Au-delà du fait que j’ai passé d’excellents moments à découvrir cette ville étonnante et débordante d’énergie, j’ai également vécu une expérience interculturelle quelque peu… marquante !

Étant toutes les deux des very busy working girls, nous décidons de nous offrir une expérience des plus agréables : une demie-journée au spa. Hop hop hop ! Quelques clics sur les Internets et nous choisissons un spa luxueux à quelques coins de rue et nous réservons die massage zen-thaï-ayurvédico-hawaïen qui fait trop du bien au corps, à l’esprit, à la cervelle, aux doigts de pied, au nombril et à tout le dedans de soi-même.

Ni une ni deux, trop motivée et trop contente, je prépare mon sac : serviettes de bain, tongs, maillot de bain, déo, crème, shampoing, parfum, maquillage, peigne… apriori tout y est. Rien qu’à l’idée de renouer avec ces petits plaisirs je me sens déjà plus légère ! Je sifflote, souriante, et je me dis intérieurement : décidément, qu’est-ce que je suis chanceuse.

C’était sans compter sur le double effet Kiss Cool en mode coucou tout le monde, méga-surprise, quand une fois arrivée dans les vestiaires, je commence à observer avec circonspection que mes consœurs à chromosomes XX entrent, sortent, reviennent puis ressortent des vestiaires… en tenue d’Ève ! Mon cerveau commence alors à fumer sévère à base de théories loufoques. Y aurait-il un sas à l’extérieur des vestiaires où sont distribués des maillots de bain écolos en papier mâché recyclé pour sauver la planète ? Ou encore : doit-on passer à la douche désinfectante anti-nucléaire avant d’enfiler son maillot de bain ?

Face à mon regard de hareng mort, mon amie me lance un regard étonné et compatissant accompagné d’un sourire narquois : woouups : c’est ta première fois ? Là mon cerveau démarre à la vitesse de Lewis Hamilton sur un circuit de F1 m’imaginant déjà dans une chambre obscure attachée au plafond en train de me faire fouetter par un inconnu (oui je sais, j’ai une imagination légèrement extrémiste et débordante). Je déblatère, non sans difficulté, un vague : ma… première… fois… hein… euh… wait… what… ? Et là le verdict tombe sans appel : ici tout le monde est nu au spa.

Léger moment de panique…

Sehr schöööööööön… Je viens donc de payer 200 € pour passer mon précieux (et rare) jour de repos au club des naturistes germanophones enthousiastes. J’ai cru que je vivais mon pire cauchemar. Rapide comme un lynx, je me ressaisis : ok cocotte tu as le choix, opter pour la lâcheté et fuir en courant jusqu’au Danemark toute habillée, ou bien oser cette expérience nouvelle que la vie te propose si « généreusement » mais nue comme un ver*Petite musique d’ascenseur* Vous me connaissez suffisamment pour imaginer que je ne pouvais pas résister à l’appel de l’expérience, de la nouveauté, de l’aventure, le tout sur un lieu anthropologique où j’allais pouvoir observer des autochtones dans leur habitat au naturel. Littéralement.

Fallait juste se mettre à poil. Une paille. Non mais sans blague, c’est quand même insolite comme situation quand on n’est pas habituée et qu’on ne l’a pas cherchée ! Et là, je me suis demandée ce qui allait être le plus gênant : savoir que des inconnus allaient me voir aller de bassins en bassins sans-aucun-bout-de-tissu-sur-mon-corps (je ne sais pas pour vous, mais moi d’habitude, je réserve cet état d’être essentiel à mon partenaire ou à mon miroir), ou bien la peur de ne pas résister à scruter les autres (hommes et femmes confondus) à cause de ce satané mélange de curiosité et de voyeurisme qui se cache (parfois bien tapis, certes) en chacun de nous.

Je te vois hocher de la tête et faire la moue : tout le monde, sauf moi. Mais si, si, je t’assure. Tu sais, c’est cela même qui te fait ralentir en voiture quand tu passes à côté d’un accident de la route, alors que tu sais pertinemment qu’apercevoir un bras coupé ou une chaussure ensanglantée va te traumatiser à vie. J’en étais au même point : j’avais instinctivement envie d’aller voir, quitte à être traumatisée à vie par la vue trop nombreuse de tant de corps, de peaux acnéiques, de seins plus gros que les miens, de sexes poilus et autres fesses molles. En fait, j’avais surtout peur de rougir et donc d’être prise en flagrant délit de lubricité. Oops.

Prenant mon courage à 12 mains, j’abandonne mon maillot de bain au vestiaire – la larme à l’œil – et j’enfile mes tongs, dernier vestige d’un accessoire couvrant… ma voute plantaire, en l’occurrence. Wunderbar… Je sors les yeux baissés et en suivant les tongs de mon amie jusqu’à la salle de massage. Ouf, me voilà enfin enfermée et seule. Cette pause salvatrice et bénéfique me permet de rassembler tout mon courage et de tenter vainement de relativiser : après tout, tout le monde est nu, donc tout va bien, tout va bien, tout va bien… Méthode Coué quand tu nous tiens…

Une fois le massage terminé, l’heure fatidique était venue de traverser le spa dans toute sa longueur pour accéder aux bassins et aux saunas. Le couloir de 80 mètres de long en verre transparent passant au-dessus de la piscine ainsi que l’escalier central de 80 marches n’ont évidemment pas aidé à ma détente. Mais bon, j’ai fini par atterrir (traduire : marcher très vite et m’enfouir rapidement) dans un bain bouillonnant, mes tongs et ma serviette posées au loin… si loin… *soupir*

Parfaitement à l’aise une fois les parties intimes de mon corps bien au chaud mais surtout bien cachées par les bulles, mon observation commence. Je suis frappée par la non-gêne ambiante, dans le bon comme dans le mauvais sens. D’un coté, c’est super agréable de voir le corps démystifié et désacralisé. Je me dis que culturellement, on a toutes et tous un rapport au corps différent, et qu’en fonction de ce rapport, on doit vivre plus ou moins facilement certaines expériences de vie. D’un autre côté (et j’assiste aux même scènes dans les vestiaires du YMCA d’ailleurs…), c’est moyennement agréable de voir étalé devant soi l’entièreté majestueuse d’inconnus personnages. Si j’avais voulu tout savoir sur l’anatomie humaine, j’aurais fait médecine. J’ai encore (malheureusement) en tête l’image de ce monsieur assis sur le rebord du bain bouillonnant, très à l’aise les jambes écartées face à mes yeux écarquillés, cherchant désespérément une issue de secours ou un flingue.

Dans cet étalage naturel d’attributs corporels, j’aperçois en vrac : des tatouages petits et grands (mince, moi qui ai fait le mien de manière à ce qu’il ne se voit pas, même en maillot de bain… c’est loupé !), des piercings plus ou moins surprenants, des peaux vieilles ou jeunes, des muscles saillants ou invisibles, des grands et des petits, des minces et des gros, des cheveux blonds, bruns, roux, blancs. Au moins, c’est un beau rappel à la diversité humaine et à l’acceptation des différences. À ce point-là, je réalise qu’ici le rapport au corps a l’air inexistant ou non problématique, donc forcément : ça fait du bien. Mais là, les gens ne se regardent pas, ils ne font d’ailleurs même pas attention les uns aux autres. C’est presque froid en fait. Et soudain je réalise que je dois être la seule latine folle obsédée à avoir des pensée orientées et déformées et qui se demande intérieurement si cela modifie les rencontres dans les bars, la séduction, le rapport à l’autre, le rapport au sexe, le contenu des préliminaires, l’effeuillage… Oops, I did it again ! comme dirait ma pote It’s Britney Bitch.

Quoi qu’il en soit, bon an, mal an, j’ai survécu à cette journée, et j’ai moi aussi déambulé dans mon plus simple appareil, allant de la piscine aux chaises longues extérieures, en passant par les saunas. Et c’est vrai que la liberté ressentie à errer nue a été sans commune mesure, d’autant plus qu’il s’agit d’un espace privilégié et sécurisé pour pouvoir se sentir à l’aise et comme tout le monde. Mais j’ai quand même réalisé à ce moment-là à quel point je préfère l’érotisme d’un corps qui se montre à peine et se dévoile petit à petit, Vs. une version plus crue en mode : « coucou, t’as vu ma bit(t)e (schön) » ! Et oui : on ne se refait pas… Quoique… Tout cela me fait penser que j’ai une autre expérience toute aussi inédite et incongrue à vous raconter : la découverte du magique 281 à Montréal, ze cabaret érotique au masculin, pour les femmes, les vraies. Mais pour le moment, je garde ça au chaud pour plus tard…

Pour en revenir à l’Allemagne, autant vous dire que la soirée qui a suivi sur la Reeperbahn a été bien arrosée (bah quoi, il faut bien justifier de son alcoolisme) et que mon frühstück gargantuesque du lendemain matin était bien mérité. Trèfle de balivernes : au-delà de la méga surprise, c’était une aventure sommes toutes rafraichissante, définitivement revigorante, voire même à refaire, mais en suivant ce précieux conseil d’Orangina : « bon c’est bien les enfants, mais on la refait là, moins crispés » !

Et vous : déjà vécu une expérience de ce genre, à la fois surprenante et drôle ?!

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